Lamine Camara, Président de la CEFOM : «Aujourd’hui, nous assistons à un passage de relais vers une génération politique »

Lamine Camara, Président de la Coordination des Elus français d’Origine malienne (CEFOM), au lendemain des élections municipales françaises, marquées par une percée significative de candidats issus de la diversité, dresse une analyse approfondie de cette évolution du paysage politique. Dans cet entretien exclusif, il revient sur l’émergence d’une soixantaine d’élus franco-maliens et en décrypte les implications, tant pour la France que pour le Mali.

Entre héritage familial, ancrage territorial et enjeux diplomatiques, il met en lumière les ressorts d’une réussite qui dépasse le symbole pour s’inscrire durablement dans les dynamiques institutionnelles.

L’ascension des élus français d’origine malienne constitue une étape importante dans l’évolution de la représentation politique en France. Si des figures comme Bally Bagayoko à Saint-Denis Pierrefitte, Yahaya Soukouna à Fleury-Mérogis ou Bassi Konaté à Sarcelles incarnent cette progression, le phénomène dépasse aujourd’hui les trajectoires individuelles. “Avec près d’une soixantaine d’élus recensés, notre présence, initialement concentrée en Île-de-France, s’étend désormais à plusieurs grandes métropoles”. Pour Lamine Camara, cette évolution traduit le passage d’une participation ponctuelle à une implantation durable dans le champ politique national.

Une légitimité fondée sur la compétence et l’ancrage local

Au-delà des chiffres, l’enjeu principal réside dans la transformation de la légitimité de ces élus. Selon Lamine Camara, leur reconnaissance ne doit pas être interprétée sous un angle identitaire, mais à travers leur capacité à représenter l’intérêt général. « Ces élus ne sont pas les représentants d’une communauté, mais les acteurs d’une République plurielle », souligne-t-il. Leur légitimité repose avant tout sur leur compétence, leur proximité avec les citoyens et leur capacité à répondre aux attentes locales.

Un appel à la mobilisation contre le racisme

Dans ce contexte, la Cefom a lancé un appel à un « rassemblement populaire citoyen contre le racisme, les discriminations et la haine de l’autre », le 4 avril, en soutien à Bally Bagayoko, récemment élu maire de Saint-Denis Pierrefitte et cible d’attaques racistes. Ce rassemblement se veut un acte de solidarité, mais aussi une réponse ferme face à des dérives qui remettent en cause les principes fondamentaux de la République. Les attaques visant un élu démocratiquement désigné constituent, selon la Cefom, une remise en cause du verdict des urnes et de l’égalité citoyenne.

Un rempart républicain face aux dérives

Face à ces actes, Lamine Camara insiste sur la nécessité d’une réaction collective. Le silence, affirme-t-il, serait une faute morale et politique. Il appelle à une mobilisation unie et déterminée pour défendre les valeurs républicaines et lutter contre toutes les formes d’intolérance. “Au-delà des individus, c’est l’intégrité des institutions et l’idéal d’une société inclusive qui sont en jeu”, clame t-il.

Une continuité générationnelle : de l’associatif au politique

Pour le président de la Cefom, cette progression s’inscrit dans une continuité historique. Il évoque une « satisfaction vigilante », fruit d’un long processus engagé par les générations précédentes. « Nos parents ont posé les bases à travers le tissu associatif. Aujourd’hui, nous assistons à un passage de relais vers une génération politique », explique-t-il.

Il ne s’agit plus de revendiquer une place, mais d’exercer des responsabilités acquises par l’expérience, la compétence et l’engagement local.

Transformer la représentation en action publique

Toutefois, Lamine Camara met en garde contre certains écueils, notamment une lecture excessive en termes identitaires ou des attentes disproportionnées. La véritable légitimité, rappelle-t-il, se construit dans l’action.

Les nouveaux élus doivent désormais traduire leur présence en politiques publiques concrètes et efficaces. Les électeurs attendent des résultats, non des symboles.

La diaspora, un acteur stratégique entre la France et le Mali

Dans un contexte de tensions diplomatiques entre la France et le Mali, Lamine Camara voit dans les élus issus de la diaspora un levier stratégique. Ceux-ci peuvent jouer un rôle de médiation, maintenir les liens humains et favoriser les échanges économiques entre les deux pays.

Ils constituent également un facteur d’apaisement, capable de contribuer à la reconstruction d’un dialogue fondé sur le respect mutuel.

Vers une nouvelle influence politique

En conclusion, Lamine Camara esquisse les contours d’une influence nouvelle. La diaspora franco-malienne ne se limite plus à un rôle de soutien ou d’observation : elle s’impose désormais comme un acteur politique à part entière.

À travers son engagement, elle participe activement à la redéfinition des relations entre la France et le Mali, en plaçant l’intérêt des citoyens au cœur des enjeux.

Par la rédaction

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