Edito : Médias, s’adapter ou périr

La liberté d’expression et de la presse doivent s’adapter au contexte de lutte contre le terrorisme ou périr. Le Mali traverse une période exceptionnelle, où son existence en tant qu’Etat unitaire et souverain est mise en jeu par des acteurs étrangers et certains de l’intérieur sous influences extérieures.
L’Etat malien comme tout autre, dispose des prérogatives de puissance publique, des forces, des moyens et des mécanismes nécessaires, pour défendre l’intégrité du territoire, et protéger les personnes et leurs biens. Les Maliens savent combien la guerre coûte et que la sécurité, la quiétude et la paix n’ont pas de prix. On connait même les noms des avions de guerre, que les autorités militaires ont acquis et qu’elles ne se lasseront jamais d’étoffer davantage le parc d’aéronefs, après avoir vécu et survécu à la tempête terroriste du 25 avril 2026.
Si l’Etat investi des prérogatives de puissance publique est sur ses gardes, des fois vacillant comme le navire Mali, qui tangue, mais sans jamais chavirer, affiche visiblement l’urgence de se tenir sur ses jambes d’abord, de se consolider, participer à l’effort collectif devient une obligation pour tous les citoyens. Le Mali vit cette période où l’Etat attaqué de tous les côtés cherche à se relever, à briser les chaines de domination. Pendant ce temps, que des droits connaissent des limitations, comme c’est le cas aujourd’hui, peut s’expliquer sans se justifier.
On conste avec amertume, que dans ce contexte particulier d’insécurité au Mali, les droits de la presse n’échappent pas à ces restrictions, comme d’autres droits relevant du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). A qui la faute ? La responsabilité de ses atteintes est partagée, dans un contexte où les groupes armés terroristes, ne pouvant pas devenir acteurs du jeu politique au Mali, attaquent indistinctement les forces nationales et les civils, où certains services apparentés à la Justice poussent les médias à violer des principes sacro-saints de la Justice aussi précieux que la présomption d’innocence. Et tacitement avec le consentement de la Justice ! De quelle crédibilité, quelle intégrité et quelle honnêteté les médias brûlant tous les sens interdits du métier vont-ils être armés pour se positionner et contrer la guerre informationnelle ?
Pour les médias (presse écrite, audiovisuelle, médias sociaux et presse en ligne), il ne s’agit plus de se lamenter, de dire on est en régime d’exception, ou de crier à la violation de la liberté d’expression, mais de jouer son rôle de journaliste professionnel : le respect des règles juridiques (texte régissant la presse) et des règles professionnelles (éthique et déontologie, normes édictées par des professionnels des médias), tout en respectant certaines valeurs d’intégrité, d’honnêteté qui sont des assises solides pour la crédibilité.
Sans des médias crédibles, le pays restera à la merci de la désinformation, de la guerre informationnelle, pouvant porter atteinte à la souveraineté diplomatique et au crédit de l’Etat. Si le terrorisme fortement adossé aux sponsors étrangers échoue par les moyens militaires et économiques, il lui reste encore ceux informationnels. La prison et les menaces ne constituent pas les moyens plus appropriés que la culture d’une pratique professionnelle et responsable du métier d’informer, sous le prisme de la régulation et de l’autorégulation.
Au moment où l’on vit une insécurité entretenue par les terroristes en arme dans les forêts et à col blanc dans les villes, adossés à un sponsorat nanti, l’Etat a tout à gagner d’une presse solidement formée, riche des outils modernes et exerçant dans des conditions idoines de travail. Ce n’est qu’avec une presse responsable que sera gagnée la guerre de l’information, devant accompagner la grande bataille de la souveraineté nationale, pour le respect des choix de partenariat et la défense des intérêts du peuple malien.

B. Daou

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