Des militaires maliens, otages des groupes armés du JNIM et du FLA ont été libérés au même moment que l’agent français de la DGSE Yann Vézilier. Ces libérations le même jour mettent à nu l’absence de confiance entre les deux pays, qui n’auraient jamais pu en arriver là sans les bons offices d’un pays ami commun. Ces libérations sont le fruit d’arrangements diplomatiques et non le reflet d’un réchauffement diplomatique entre Bamako et Paris.
Après l’accord de principe de libérer de part et d’autre, l’Elysée aurait proposé que la libération de Yann Vézilier, intervienne quelques semaines avant celle des militaires maliens. Ce procédé était une malice pour dissimiler le lien entre les deux évènements. Refus catégorique de Bamako, qui aurait proposé, en effet, que les militaires soient libérés en premier. Dans ce jeu à qui mieux mieux, entre Bamako et Paris, chacun craignant de passer pour le dindon de la farce, la formule de la concomitance a été retenue, un timing serré où on se surveille comme du lait sur le feu, et Paris a finalement avalé des couleuvres, la mort dans l’âme. On peut saluer un compromis opportun profitable à tous, mais est-on vraiment en présence d’un réchauffement diplomatique entre les deux capitales. Rien ne permet de l’affirmer.
Un an après son arrestation le 14 août 2025, le ressortissant français a été gracié le 13 août 2026 par le Président de la Transition. Militaire de carrière depuis trois décennies de service, le lieutenant-colonel auprès de la Direction générale des services extérieurs (DGSE), Yann Vézilier occupait la fonction de deuxième secrétaire de l’ambassade de France au Mali. Pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État, Yann Christian Bernard VEZILIER a été condamné par la Justice malienne, à 20 années de réclusion criminelle.
Pour le gouvernement, « cette mesure de grâce, qui ne remet pas en cause, les faits établis par un jugement contradictoire rendu au cours d’un procès, lors duquel tous les droits de la défense ont été respectés est assorti de l’éloignement immédiat de l’intéressé du territoire national ».
En outre, le gouvernement de transition a saisi cette occasion pour saluer « un pays frère dont les bons offices, exercés avec discrétion et dans le respect scrupuleux de la souveraineté du Mali, ont contribué à l’obtention de cette grâce ». Sans ce pays frère (le Maroc ou le Sénégal dont le président, Bassirou Diomaye Faye était en visite à Bamako, fin juillet?) rien ne serait obtenu, car il n’y a probablement pas eu d’échanges directs propices entre Paris et Bamako.
Pas d’ambassadeur de part et d’autre
A Bamako, le retour de l’Ambassadeur de France, expulsé du pays le 31 janvier 2022, n’est pas à l’ordre du jour. La décision ordonnant à l’ambassadeur de quitter le Mali dans un délai de 72 heures, faisait suite aux critiques répétées de Paris, à des déclarations de Jean Yves Ledrian qualifiant le pouvoir de transition d’illégale. Or Paris n’a pas encore dit le contraire.
L’ambassade de France à Bamako a suspendu la délivrance de visa pour les ressortissants maliens (sauf les exceptions dérogatoires). Cette décision prise en août 2023, dans un contexte de crise diplomatique et de classement de tout le territoire malien en zone rouge reste d’actualité. En vertu du principe de réciprocité, le gouvernement du Mali a immédiatement répliqué en suspendant aussi la délivrance de visa pour les Français.
Le poste d’ambassadeur du Mali en France est vacant depuis le rappel de Toumani Djimé Diallo en février 2020. La représentation diplomatique à Paris fonctionne depuis lors, sous la direction d’un chargé d’affaires.
B. Daou




