Comparaison n’est pas raison, l’Hexagone n’est pas le Mali, sinon les évènements qui se sont déroulés en France ce 17 Octobre, rappelle bien ceux de mars 1991 au Mali. Même si une junte ne risque pas de surgir au Palais de l’Elysée, la France est à la croisée des chemins et joue son avenir de pays démocratique.
Même la France, la grande France n’est pas à l’abri des remous sociaux les plus violents. Les évènements du samedi 17 Octobre 2026, qui ont secoué et ébranlé le pays dans plusieurs villes en Hexagone, et dans les outremers n’ont laissé personne indifférent en Afrique.
Une colère qui s’est généralisée, des lycées aux universités, et a fini par gagner les populations, qui s’identifient aux revendications de meilleures conditions d’études et de vie. Les rudes conditions, qui ne s’annoncent pas meilleures dans un bref délai, ont créé une profonde inquiétude auprès des Français de toutes les catégories : élèves, étudiants, élus de la Nation, élus locaux, syndicalistes et opérateurs économiques etc.
La France, ce 17 Octobre n’a pas manqué de rappeler le Mali de 1991, avant la chute du Général Moussa Traoré, dont le régime était aux prises des revendications de tous ordres, entrainant « la révolution de mars 1991 au Mali ». On se rappelle, qu’au cours des semaines et mois, qui ont précédé la chute du régime de l’UDPM, le 26 mars 1991, le gouvernement s’était attelé à trouver une réponse concertée et consensuelle aux revendications corporatistes des manifestants dont les associations estudiantines. Pareillement en France, semblent se dessiner des concertation-négociations, quand on se réfère au message à la nation du Président français Emmanuel Macron, ce dimanche 17 Octobre 2026, au lendemain des manifestations de rues, ayant entrainé des casses et une répression policière, faisant des pertes en vies humaines et des blessés. « Oui, il nous faut nous asseoir autour de la table et construire des solutions, élèves, étudiants, enseignants, représentants des organisations patronales et syndicales, collectivités territoriales, parlementaires travailleront dès cette semaine avec le gouvernement à des propositions concrètes. Le Premier ministre les réunira dans les prochains jours à cet effet », selon le Président Macron.
Ainsi, on retient de ces évènements que ça n’arrive pas qu’aux pays africains, comme le Mali, le Togo ou le Sénégal. Des conditions de vie insoutenables poussent à des mouvements de protestation et de révolte, qui sont souvent interprétés comme une « barbarie », quand ils se déroulent en Afrique. Ce 17 octobre, on a suivi l’expression des frustrations par une violence débordante.
Les forces de maintien d’ordre, malgré leur professionnalisme, ont réagi par une répression qui serait dite « sauvage », dans un contexte africain. Plus de 200 arrestations ont eu lieu et les autorités par la voix du Président Macron, prévoient des sanctions exemplaires : « à l’égard des casseurs et de tous ceux qui se livrent à des violences, nous serons intraitables. L’écoute et le dialogue ne signifient ni la faiblesse, ni l’impunité », a déclaré le Président Macron.
La rue dicte sa loi
Pourtant tout a commencé par des manifestations de plusieurs centaines de Français avec la volonté de porter des revendications légitimes, face à la cherté de la vie, le prix du carburant consécutif à la guerre dans le golfe persique.
Depuis plusieurs semaines, la jeunesse exprime une angoisse profonde dans les lycées et les universités, une inquiétude sur l’avenir, sur les conditions d’études, sur la capacité à s’orienter, à se projeter et à se trouver une place dans la société. La répression d’une foule déferlante peut entrainer en Afrique comme en France, des débordements inattendus et la situation peut dans certains cas échapper au contrôle de ceux qui pensent l’avoir en main. Des magasins, des marchés, des bâtiments publics, des mairies ont sentis la colère des manifestants, à coups de pierre. La mairie de Limoges a été brûlée, la mairie de Marseilles et la résidence du préfet de Bordeau n’ont pas échappé à la révolte populaire, avant d’être littéralement occupées. Plusieurs centaines de policiers déployés n’ont pu contenir une colère déferlante des manifestants.
Le bilan est lourd, des pertes en vies humaines, de nombreux blessés, des dégâts matériels importants, une situation générale délétère, qui entraine forcément un affaissement de la morale des autorités au pouvoir, un épuisement du crédit de l’Etat. Au Mali en 1991, la crise a engendré la demande de démission du président de la République, qui l’a rejeté avant d’être renversé par un coup d’Etat. Mais la France n’est pas un pays de coup d’Etat, même si elle pouvait en susciter et faire exécuter dans des Etats africains, comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, elle n’est pas faite pour une interruption brutale du mandat présidentielle. Aujourd’hui, face aux difficultés, la France joue son avenir de pays des libertés publiques, des droits fondamentaux de la personne, bref des droits humains, bref, de pays démocratique. Emmanuel Macron semble y perdre son latin, tapant du poing sur la table ; sans porter de gant, il blâme les manifestants : « factieux issus des groupuscules d’ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants se sont livrés à une violence débridée dans nos villes ». Il a annoncé la mise en place d’une cellule de crise présidée par le Premier ministre pour apporter de l’aide aux victimes : les mairies, les acteurs économiques qui ont subi des conséquences de ces violences, qui sont aujourd’hui dans le désarroi.
Le président français veut une suite judiciaire exemplaire : « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser, ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre ». Selon lui, « la plus grande fermeté a été demandée au procureur par le garde des sceaux ».
La France joue son avenir de pays démocratique
Le Président Emmanuel Macron, selon ses propres dires aurait pris plusieurs initiatives au niveau international pour garantir le carburant, le gaz et agir sur les marchés de l’énergie, il irait dans les pays du golfe pour sécuriser les approvisionnements en France. Le Premier ministre et le gouvernement ont également à prendre des décisions en lien avec des distributeurs de carburant pour que ces efforts se répercutent concrètement sur les prix.
La France est à six mois des élections présidentielles, et selon le Président Macron, « ceux qui explique que l’urgence est d’aller dans la rue, de manifester et de créer le désordre n’ont qu’un but : abimer la République et voler le débat ».
La France va mal, les hautes autorités et les responsables des partis d’extrême gauche se lancent cruellement des flèches. Ce climat politique et social en surchauffe représente-t-il les conséquences des conditions socio-économiques en constante dégradation, ou le ton avant-coureur des élections présidentielles, qui s’annoncent pour avril-mai 2027 ?
Toutefois, l’avenir de la France, selon certains observateurs, se joue aussi en Afrique, et particulièrement dans les pays qui sont en rupture avec leur ancienne puissance coloniale : le Mali, le Niger et le Burkina Faso (les pays de l’AES) qui dénonce le passe-droit jadis accordé à la France sur leurs ressources minérales, notamment l’or, l’uranium, le pétrole et autres. La rupture avec le Niger et la perte de la mainmise sur l’uranium a entrainé un manque dans l’approvisionnement énergétique.
Ces pays dont la monnaie reste encore le FCFA au gré de la France ne seront-ils pas obligés de garder encore le cordon ombilical qui les relient à l’Hexagone, en rétablissant avec elle leurs relations de coopération. En attendant, elle y perdu son influence.
B. Daou




