CM14 à Yaoundé au Cameroun : La bataille des titans profitera-t-elle aux PMA ?

Malgré ces temps troublés et éprouvants, la présence de tous les membres à la 14ème Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), à Yaoundé, est un facteur de motivation, et a été relevée par la Directrice générale de l’Organisation, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, qui s’en est réjouie, lors de la cérémonie d’ouverture, jeudi 26 mars, sous la présidence du Premier Ministre du Cameroun, Chief Joseph DION NGUTE, représentant le Chef de l’État, Paul BIYA.

Pour recevoir les milliers de participants (délégués, membres, media), venus de tous les continents, les autorités camerounaises et l’OMC ont sonné la mobilisation de toutes les potentialités, pour faire de cette rencontre internationale, une fête. A Yaoundé les Hotels ont affiché plein. Le palais des Congrès de Yaoundé perché majestueusement sur la colline Nkol-Nyada et qui offre une vue panoramique imprenable sur la capitale, a été pris d’assaut par des participants de tous les secteurs, de toutes les catégories et de toutes les régions du monde : membres de gouvernements des Etats de grandes puissances économiques, des Etats en développement ou des pays les moins avancés (PMA), les Organisations non gouvernementales ; des groupements d’entreprises d’Afrique, du Japon, des États-Unis, d’Europe et d’ailleurs sont également présents dans la ville de Yaoundé. De nombreux véhicules, dont des voitures, des bus et des mini-bus ont été mis en service, et depuis deux semaines assurent la navette entre l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, situé à une trentaine de Km au sud-est du centre-ville, les hôtels et le Palais des Congrès. Ce centre de conférences, fruit de la coopération sino-camerounaise, inauguré en 1982 et régulièrement rénové est une fierté nationale. Sur l’esplanade du Palais des Congrès, des expositions dont celles plus frappantes de cotonniers portant leurs fruits mûrs, aux capsules ouvertes, le coton d’une blancheur visible de loin, qui devait rappeler d’importantes questions économiques et commerciales à l’ordre du jour de cette 14ème Conférence ministérielle en terre africaine du Cameroun. D’épineuses questions liées au commerce électronique (e-commerce), à l’agriculture, aux pêcheries, à l’investissement, au développement y sont au centre de la Réforme de l’OMC.
En ce jour d’histoire pour l’OMC, pour le Cameroun, mais aussi pour les grandes puissances de ce monde et les pays les moins avancés, devant le palais des congrès et à l’intérieur, les costumes se frottaient aux boubous et aux foulards, mais dans la sérénité affichée des décideurs du monde, un air électrique est perceptible et depuis le départ, les espaces ont été délimités entre les Membres-partis et le monde de la presse, afin que rien ne filtre avant les communiqués. Au cours des journées longues de 8 heures à 20 heures voire plus dans plusieurs salles, des points de presse sont organisés par différentes composantes, un Etat par ci pour donner sa position sur le moratoire sur le commerce électronique (e-commerce), la Réforme de l’OMC, une ONG par là pour exposer ses objectifs, ses attentes. En effet, la Direction des Informations et des Relations publiques de l’OMC, a mis en place une dynamique équipe « Team Media », dont le groupe WhatsApp permet d’informer régulièrement sur le programme des journées, les horaires des conférences devant se tenir et qui met à disposition les discours des conférenciers. A ce titre, l’Ambassadrice de la Chine Li Yongjie s’est montrée très disponible, dévoilant à la presse l’option de la Chine sur le moratoire sur le commerce électronique, indiquant que son pays préfère les actes aux mots, veut accorder des conditions favorables au développement des PMA, sur la base de l’agriculture, le commerce électronique et les pêcheries. Mieux la Chine veut un plan de travail (un chronogramme en quelque sorte) de la Réforme de l’OMC. Mais tel n’est pas le cas pour les Etats-Unis qui souhaite la poursuite du moratoire comprenant d’énorme manque à gagner dans les recettes douanières des PMA et touchant à la souveraineté numérique. C’est le point d’achoppement des négociations à Yaoundé, dont dépendra l’atteinte des objectifs de cette 14ème Conférence ministérielle de l’OM à Yaoundé au Cameroun. La Directrice générale de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala préfère regarder la réalité en face : « Ce n’est un secret pour personne : le système commercial mondial connaît ses pires perturbations depuis 80 ans. Mais ces perturbations sont le symptôme de dérèglements plus larges qui secouent l’ordre international créé après la Seconde Guerre mondiale pour éviter que ne se reproduisent les horreurs de la première moitié du XXe siècle », selon elle. On ne peut nier l’ampleur des problèmes auxquels le monde est confronté aujourd’hui. Même avant que le conflit dans le Golfe ne déstabilise le commerce de l’énergie, des engrais et des produits alimentaires, les gouvernements nationaux et les institutions internationales luttaient déjà pour naviguer entre les tensions géopolitiques croissantes, l’intensification des pressions climatiques et les changements technologiques rapides. Ces mutations se sont accompagnées d’une remise en question de plus en plus vive du multilatéralisme, selon la Directrice générale de l’OMC.

La divergence entre certaines grandes puissances frise une bataille de titans, dont l’issue peut être favorable ou défavorable pour les PMA. A ce niveau, d’importantes décisions étaient attendues de la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun où tout le monde du Commerce s’est retrouvé : les ministres de Commerce des Etats, les Ambassadeurs et des responsables d’Institutions internationales du Commerce, notamment : la Directrice exécutive du Centre du commerce international, Pamela Coke-Hamilton ; le Secrétaire général de la Chambre de commerce internationale, John Denton ; le Secrétaire général de l’Union interparlementaire, Martin Chungong ; la Présidente-directrice générale du Corporate Council on Africa, Florizelle Liser ; la Secrétaire générale adjointe des Etats-Unis et Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Vera Songwe, ainsi que le Secrétaire général par intérim de la CNUCED, Pedro Moreno.
Pour la Directrice générale de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, il semble approprié au moment où le monde est en plein désarroi – avec des conflits au Moyen-Orient, au Soudan, en Ukraine et ailleurs – en cette période de grandes perturbations et d’incertitudes, que cette réunion se tienne en Afrique pour discuter de l’avenir du système commercial mondial. « L’Afrique est le continent du futur, un continent d’espoir, doté d’un vaste marché régional de plus en plus intégré de 1,4 milliard de personnes, d’une main-d’Å“uvre jeune et croissante, d’une classe moyenne en passe d’atteindre 844 millions de personnes d’ici 2050, de 60 % du potentiel mondial d’énergie solaire, de 60 % de ses terres arables non cultivées et de 30 % de ses réserves minérales connues, y compris les terres rares », commente la DG de l’OMC. Dr Ngozi Okonjo-Iweala a remercié le gouvernement et le peuple camerounais pour la coopération accordée au Secrétariat de l’OMC au cours des mois ayant précédé cette réunion.
Les services, pièces maîtresses du commerce
Selon la DG de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, le commerce des services a été un autre point positif l’année dernière, avec une croissance de 5,3% en volume. Pour 2026, nos économistes prévoient une croissance plus lente de 1,9 % pour le commerce des marchandises, l’impact de l’anticipation des importations étant dissipé, les tarifs précédemment reportés entrant en vigueur, et reflétant la géopolitique, les prix de l’énergie et l’incertitude politique. La prolongation des prix élevés du pétrole résultant du conflit au Moyen-Orient pourrait abaisser ces prévisions de 0,5 point de pourcentage, passant de 1,9% à 1,4%. Le commerce des services devrait croître de 4,8 , bien que cela puisse également tomber à 4,1% si le voyage et le transport sont entraînés à la baisse par le conflit au Moyen-Orient. Mais il existe également des scénarios à la hausse, par exemple si la demande de produits liés à l’IA reste forte, scrute la Directrice générale de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala.
Un facteur important de la résilience du commerce réside dans le fait que la plupart des économies ont choisi de continuer à échanger entre elles selon les modalités normales de l’OMC, qui garantissent prévisibilité, stabilité et une bonne dose d’ouverture. La part du commerce mondial de marchandises effectuée selon les conditions tarifaires de la nation la plus favorisée (NPF) a fluctué ces derniers mois – elle a été un peu volatile – mais l’analyse la plus récente de l’OMC montre qu’elle se maintient aux alentours de 72 %, soit près des trois quarts du commerce mondial de marchandises ! Les règles de l’OMC continuent de fournir un noyau stable au commerce mondial, quelle que soit l’incertitude qui l’entoure.
Les avantages de l’OMC vont bien au-delà des tarifs douaniers. Les membres utilisent les comités de l’OMC pour répondre aux préoccupations politiques et étouffer les tensions commerciales dans l’Å“uf. Les règles dans des domaines tels que les mesures SPS (sanitaires et phytosanitaires), les OTC (obstacles techniques au commerce), l’évaluation en douane et la propriété intellectuelle induisent des pratiques qui permettent aux chaînes de valeur de fonctionner de manière fluide. Ces règles constituent, si l’on veut, le « logiciel partagé » des transactions commerciales. Sans elles, il y aurait des retards, de l’incertitude et des coûts plus élevés aux frontières. Grâce à elles, les entreprises, les consommateurs et les pays en bénéficient chaque jour. Tout cela constitue un pan important de la proposition de valeur de l’OMC.
L’organisation qui ne comptait à l’origine que 23 membres partageant globalement les mêmes idées est passée à 128 membres lors de l’institutionnalisation du GATT en OMC en 1995, pour en dénombrer aujourd’hui 166, de tailles économiques et d’orientations politiques diverses. L’OMC ne peut pas résoudre tous les défis – pas même tous les défis liés au commerce. Selon la Directrice générale de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, les déséquilibres mondiaux, qui peuvent parfois être dus aux lacunes des politiques macroéconomiques et sociales nationales ne peuvent pas être compensés. Mais cette Conférence ministérielle peut faire la différence. « Nous devons admettre que même si nous parvenons à réparer ce qui ne fonctionne pas actuellement, le monde change rapidement. Les nouvelles technologies comme l’IA et l’informatique quantique ont un impact majeur sur notre façon de produire et de commercer. Le commerce des services croît beaucoup plus vite que celui des marchandises et offre de grandes opportunités à nombre de nos membres. Pourtant, nous passons peu de temps à étudier ces opportunités », selon la DG. À titre d’exemple, le commerce des services fournis par voie numérique – c’est-à-dire les services financiers, commerciaux, de divertissement, informatiques, d’éducation et même de santé via les réseaux informatiques. Ce type de commerce a progressé rapidement, de 6 % par an, et représentait l’année dernière 5 260 milliards de dollars, soit environ 15 % du commerce mondial total. Le commerce de services numériques peut s’affranchir de la « tyrannie de la distance et du temps », aidant même les économies pauvres et vulnérables à commercer davantage, à condition qu’elles investissent dans les infrastructures numériques et réglementaires nécessaires.
Un sous-groupe important de membres travaille sur un accord plurilatéral plus large sur le commerce électronique. Dans un monde qui évolue rapidement, l’une des questions auxquelles vous devrez vous attaquer est la manière dont l’OMC peut répondre de manière plus agile aux nouveaux défis et opportunités, grâce à des coalitions de membres volontaires dans le cadre d’accords plurilatéraux. Un domaine crucial pour tous est l’agriculture et la sécurité alimentaire, essentielles pour tous les membres. Pourtant, au cours des 25 dernières années, l’OMC n’a réalisé que des progrès très modestes dans ses négociations agricoles. Elle pas de texte convenu à négocier ici, mais dispose d’un projet de document qui fait appel à la volonté politique et à l’effort collectif pour sortir enfin de l’impasse. Il y a la possibilité de donner des directives claires sur la voie à suivre pour produire des solutions négociées sur le commerce agricole après la CM14 et pour la CM15, selon la DG. Le développement est une question transversale au cÅ“ur de la majeure partie de nos travaux. Après avoir débattu de certaines de ces questions dans le cadre de la réforme de l’OMC, il y a lieu de prendre des décisions importantes pour soutenir l’intégration accrue des PMA dans le système commercial multilatéral.

B. Daou, depuis Yaoundé

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