La visite en Algérie du Président Tiani peut-elle traduire l’entame d’un dégel entre Alger et les pays de l’AES ou au contraire une fissure ? Le pays de Abdelmadjid Tebboune est une pièce maîtresse dans le rétablissement de la sécurité dans le Sahel, mais elle est soupçonnée d’utiliser cette position stratégique pour mieux servir ses intérêts politiques, diplomatiques et surtout économiques, dans le déni du droit international qui protège les Etats, les personnes et leurs biens.
Trois pays du Sahel en Afrique de l’Ouest, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, sont confrontés aux défis sécuritaires sans répit depuis plusieurs années, une situation dans laquelle l’Algérie n’est pas en odeur de sainteté.
Mais l’Algérie n’est pas seule à être pointée du doigt, elle porte ce « péché d’Israël » avec certains pays occidentaux comme la France, qui a été indexée respectivement par le Mali, d’être le sponsor des terroristes sous l’emballage du djihadisme ; et par le Niger d’être derrière l’attaque de l’aéroport Diori Hamani de Niamey.
Les pays de l’AES ont protesté contre l’abattage d’un drone de l’Armée malienne dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. Le même élan de solidarité a présidé à la création de l’AES par le Mali, le Niger et le Burkina Faso, lorsqu’ils ont dissuadé la CEDEAO qui voulait attaquer militairement le Niger, après le renversement de Mohamed Bazoum, pour rétablir ce dernier au pouvoir. Cet élan solidaire a été renouvelé à travers une levée de boucliers après l’attaque terroriste contre l’aéroport de Niamey où se trouve le stock d’Uranium du Niger.
Dans ce contexte de lutte contre le terrorisme, le Mali et ses voisins algériens et mauritaniens sont dans un froid diplomatique, au point que Bamako et Alger ont cru devoir rappeler leurs ambassadeurs respectifs. En cause, l’abattage d’un drone de l’armée malienne par l’armée algérienne en territoire malien, suivi d’une protestation commune des pays de l’AES. Une visite à Alger le 16 février 2026, du président du Niger, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, marque-t-elle une détente ou un desserrement des rangs de l’AES ?
La première hypothèse est plus probable, car vu les liens forts qui attachent les pays de l’AES les uns les autres, aucun desserrement n’est à l’ordre du jour. Ce qui est sûr, l’Algérie et les pays de la Confédération AES, tout en n’excluant pas leurs voisins, peuvent continuer chacun de démontrer leurs forces, de s’équiper et de mener des combats épiques. Aucun n’aura la paix, la sécurité et le développement sans les autres. Après la démonstration des forces, le Mali est même réputé être une puissance militaire en Afrique de l’Ouest, mais aucune paix n’est possible sans les autres. Se tenir en chiens de faïence ne servira personne durablement, ni l’Algérie ni les pays de la Confédération. La visite de Tiani à Alger marque-t-elle l’ouverture du temps du dialogue et d’un partenariat responsable dans le respect de la souveraineté, des choix diplomatiques et des intérêts des peuples ? Cette option de partenariat gagnant-gagnant serait sans doute synonyme d’abandon de la politique de domination, de jeu de terrorisme et d’exploitation néo colonialiste, autrement, le pas marquant vers les objectifs de la confédération, dont la paix et la sécurité, sans lesquelles il n’y aura pas de développement dans les pays de l’AES. Tout compte fait, le pragmatisme est à l’ordre du jour
Démarche pragmatique
La relance de projets structurants tels que le gazoduc transsaharien, la route transsaharienne et l’interconnexion par fibre optique, traduit une relance profitant aux activités macro-économiques, qui ne sont pas possibles à réaliser sans la sécurité. Sachant que la sécurité algéro-nigérienne n’est pas possible sans les voisins malien et burkinabé, ces projets auront un effet stabilisateur dans tous les pays de l’AES. Cette visite de Tiani à Alger qui appelle celle prochaine d’Abdelmadjid Tebboune à Niamey ne ferait que déblayer le terrain à une victoire diplomatique d’envergure, dont une retombée immédiate pour l’AES serait de coiffer aux poteaux les élans néo-colonialistes qui guettent le pétrole et l’Uranium nigériens ; l’or, le coton et le lithium maliens et burkinabés. Cette page, dans la marche de la C.AES, nous enseigne que les vieux loups connaissent la brousse, loisible donc de les laisser prendre les sentiers, l’essentiel étant de ramener le plein de gibecière. Mais la précision est de taille que les pays de l’AES ne sont pas encore en Fédération, donc chaque pays, malgré la confédération, garde sa souveraineté unitaire. La C.AES, progressivement, renforce ses liens au triple plan de la défense et sécurité, la diplomatie et le développement. Au plan institutionnel, elle développe sa politique commune au niveau ministériel, parlementaire et économique. C’est dire que la visite de Tiani à Alger, bien que dans un cadre de l’Etat du Niger, sera largement partagée à l’intérieur de l’AES, et de notre point de vue, c’est le début d’une ouverture aux retombées bénéfiques.
B. Daou




