Chronique du Mali: Entre diplomatie et marchandage

Ce jeudi 13 août, les Maliens ont appris par un communiqué du gouvernement de la Transition, lu à la télévision nationale, la grâce présidentielle accordée au Français Yann Christian Bernard VEZILIER, condamné par la Justice malienne pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Libre, l’agent du renseignement français devra immédiatement quitter le territoire malien, tel un persona non grata. Simultanément, l’État-major général des armées maliennes a annoncé, la libération de 82 militaires des FAMa, qui étaient retenus en otage depuis le 25 avril par une coalition de groupes terroristes comprenant le JNIM et le Front de libération de l’Azawad (FLA)
La question n’est pas au niveau de l’équilibre ou du déséquilibre entre les ensembles de 82 otages maliens, et du singleton de l’agent de renseignement français. Mais d’établir le lien entre les deux ensembles, le timing des libérations et de s’interroger sur les contours des négociations et des tractations pour en arriver là.
Sans tambour, des avancées en faveur de la détente et de la normalisation sont en cours dans la discrétion des palais et des tentes du désert, elles se font jour sans entendre dire à l’avance. C’est la trame de la nouvelle dynamique diplomatique malienne, qui, on le voit bien, prône la concrétisation des situations, et la communication après.
En effet, il se passe des évènements qui pouvaient paraitre surréalistes, quand on regarde quelques mois en arrière. Pas forcement pour tisser un lien entre eux, mais pour se rendre compte de la vitesse à laquelle se meut notre environnement géopolitique, diplomatique à l’actif de Bamako. Ils laissent présager que le Mali se relève robustement.
Le réchauffement diplomatique entre Bamako et Alger est intervenu subitement pendant que le Mali accuse l’Algérie d’un acte d’agression prémédité, après l’abattage de son drone de reconnaissance, près de Tinzaouatène, le 1er avril 2025 et dont l’affaire traine devant le conseil de sécurité des Nations-Unies, depuis le 7 avril 2025.
En outre, il y a l’appel du pied lancé en juin dernier par le ministre de la défense de la Côte d’Ivoire Téné Birahima Ouattara, à l’endroit du Mali ; puis la visite au Mali du ministre mauritanien de la Défense, Hanana Ould Sidi, toujours en juin 2026. Le tout pour se mettre à la disposition d’une coopération sécuritaire profitable à nos Etats et à la stabilité régionale.
L’intervention du Président de la transition en accordant la grâce à un Français condamné au Mali et la libération des otages, au même moment, requièrent l’attention. La détention du Français Yann Christian Bernard VEZILIER, condamné par la Justice malienne à 20 années de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État, alors qu’il était en mission de l’Etat français, ne laisse pas indifférent cet Etat, qui devrait donc avoir usé de ses moyens pour obtenir sa libération. On peut présumer que de son arrestation à ce jour, différents moyens ont pu être essayés, sans succès.
Mais, doit-on se garder de prendre la libération des otages maliens comme étant l’un de ces moyens permettant à l’Etat français d’obtenir la libération de Yann Christian Bernard VEZILIER. A moins qu’il ne soit établi que les groupes armés comme le JNIM et le FLA agissent sous la tutelle de l’Etat français.
Si le lien est établi entre la libération des otages et la grâce présidentielle accordée au Français Yann Christian Bernard VEZILIER, alors on pourrait présumer que la prise d’otages et par extension, les opérations du JNIM et du FLA seraient menées au bénéfice de l’Etat français, et la libération des otages serait assimilable à un acte de souveraineté du Président français. Comme la grâce présidentielle accordée par le Président malien de la Transition est un acte de souveraineté et de clémence.

B. Daou

Newsletter