A l’avant-garde de la Réforme de l’OMC, la Chine pour un système commercial multilatéral à l’opposée de la « loi de la jungle »

Le soutien de la Chine à un système commercial multilatéral fondé sur des règles, axé sur la réforme de l’OMC, le développement et la coopération Sud-Sud, c’est l’agenda défendu par l’Ambassadrice de la Li Yongjie lors de la Conférence ministérielle (MC14) tenue à Yaoundé au Cameroun du 26 au 30 mars 2026. L’Ambassadrice Li Yongjie a donné un point de presse dans l’après-midi du vendredi 27 mars, pour exposer les attentes de la Chine de la CM14 à Yaoundé, insistant sur la réforme de l’OMC pour contrer les défis du commerce mondial.

La Chine attend de la MC14 qu’elle adopte une déclaration ministérielle sur la réforme et un plan de travail pour celle-ci, obtienne des résultats concrets favorables au développement dans des domaines tels que l’IFDA (Accord sur la facilitation de l’investissement pour le développement), le commerce électronique, le développement, l’agriculture et la pêche. L’Ambassadrice Li Yongjie a donné quelques éléments clés de l’approche chinoise de la Réforme de l’OMC. Cette approche est par ailleurs contenue dans un document officiel publié en février 2026, qui précise la position de la Chine sur la réforme de l’OMC.
Selon l’Ambassadrice Li Yongjie, au cours des 30 dernières années, le système commercial multilatéral fondé sur des règles a offert un environnement commercial ouvert, non discriminatoire, stable et prévisible. Ainsi, de plus en plus de membres en développement ont pu mieux s’intégrer à la mondialisation économique et aux chaînes de valeur mondiales. De 1995 à 2024, le commerce mondial de biens et de services a été multiplié par plus de cinq. La part des économies en développement dans les exportations mondiales de biens et de services a atteint respectivement 47 % et 33 % en 2024.
Cependant, ces dernières années, des tarifs unilatéraux ont perturbé l’ordre commercial mondial ; on s’interroge également sur le fait de savoir si le mécanisme de prise de décision de l’OMC a entravé les résultats des négociations, tandis que le mécanisme de règlement des différends a été empêché de fonctionner pleinement. En conséquence, le système commercial multilatéral fondé sur des règles court le risque réel de régresser vers une « loi de la jungle » basée sur la force, a déclaré l’Ambassadrice Li Yongjie.

Dans ce contexte, les membres de l’OMC ont lancé des consultations approfondies sur la réforme au cours du second semestre 2025. Après neuf mois de travail, le facilitateur de la réforme a proposé aux ministres de la CM14 un plan de travail pour guider les activités post-CM14. « La Chine estime que l’objectif de la réforme est de renforcer la gouvernance commerciale mondiale afin de promouvoir une mondialisation universellement bénéfique et inclusive. Cela signifie que davantage d’individus et d’économies bénéficieront du commerce et de la mondialisation économique. C’est pourquoi mon ministre a déclaré que la Chine estime que la réforme devrait renforcer les principes fondamentaux tels que le traitement non discriminatoire et placer le développement en son centre », explique-t-elle. Grâce à la réforme, davantage de membres en développement pourront saisir de nouvelles opportunités dans des domaines tels que l’économie numérique et la transition verte, espère l’Ambassadrice chinoise à l’OMC.
La Chine préconise de commencer la réforme par trois domaines prioritaires : les mécanismes de prise de décision, les questions de développement et la concurrence loyale. La tâche urgente de la CM14 est d’adopter un plan de travail de réforme équilibré qui reflète les intérêts de l’ensemble des membres et guide les travaux à Genève après la conférence ministérielle.
Partant du postulat que l’OMC sert d’outil pour fournir un environnement stable et prévisible à la croissance économique, la vision de la Chine sur la coopération Sud-Sud fait allusion à l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine. Prenant l’Afrique comme exemple pour illustrer les vues et les approches de la Chine en matière de coopération Sud-Sud, l’Ambassadrice Li Yongjie a indiqué le soutien ferme de la Chine à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). « Nous encourageons les entreprises chinoises à participer à des projets d’infrastructure en Afrique sur une base commerciale, afin d’aider à réduire les coûts logistiques ; à investir dans des secteurs tels que la transformation agricole, l’assemblage automobile, l’électroménager, les nouvelles énergies et l’économie numérique, afin d’intégrer davantage la production africaine dans la chaîne de valeur mondiale et de créer plus d’emplois pour les populations locales », a déclaré la diplomate chinoise.
Des actes, pas des mots
La Chine ne cherche jamais d’excédents commerciaux, son marché colossal génère une forte demande pour les biens et services mondiaux. En 2025, les importations de biens de la Chine ont atteint 18,48 billions de yuans (environ 2,64 billions de dollars américains), faisant d’elle le deuxième plus grand marché d’importation au monde pour la 17ème année consécutive. La Chine est convaincue que les actes sont plus éloquents que les paroles. Elle accueille davantage de produits et services de haute qualité provenant du monde entier.
En février de cette année, le président Xi Jinping a annoncé qu’à partir du 1er mai, la Chine mettra pleinement en Å“uvre le traitement à tarif douanier nul pour 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle. Dans le même temps, la Chine continuera de promouvoir la négociation et la signature d’accords de partenariat économique pour un développement partagé, et d’élargir l’accès des produits africains exportés vers la Chine en modernisant le « corridor vert » et par d’autres mesures. « Je dois souligner que le traitement à tarif nul n’est pas seulement une mesure commerciale, mais aussi un outil d’investissement. Tout en soutenant les exportations africaines, nous espérons que cette politique aidera à attirer des investissements mondiaux en Afrique et à accélérer l’intégration du continent dans la chaîne d’approvisionnement mondiale », a indiqué l’Ambassadrice. Selon un rapport du FMI de 2025, les investissements chinois ont accéléré l’industrialisation de l’Afrique, faisant passer les taux de transformation locale de 15 % à 45 %. La Chine est convaincue que ces politiques accéléreront davantage le développement de l’Afrique.
Lors de la MC14, le ministre du Commerce de la Chine, Wang Wentao a animé la Réunion de haut niveau sur l’accélération de l’industrialisation de l’Afrique : l’investissement de la Chine. Cette réunion a offert une tribune pour échanger sur la manière de tirer parti du commerce, des investissements et de l’immense marché chinois afin de promouvoir un développement partagé entre la Chine et l’Afrique. Des ministres et représentants de près de 50 pays africains, ainsi que la Directrice générale de l’OMC, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, étaient présents. La Directrice générale a exprimé son souhait de voir les membres en développement, particulièrement les Pays Moins Avancés (PMA), rechercher un accès au marché en plus de l’assistance. Au cours des derniers jours, la Chine a également participé à une série de sessions axées sur le développement, notamment la 14e table ronde du Programme de la Chine auprès de l’OMC et la réunion ministérielle de l’IFDA (Accord sur la facilitation de l’investissement pour le développement). L’objectif est de soutenir les membres en développement, et surtout les PMA, afin qu’ils s’intègrent mieux dans le système commercial multilatéral et bénéficient de la coopération. Une approche similaire a été appliquée à la coopération avec l’Asie et l’Amérique latine via l’initiative « la Ceinture et la Route » et d’autres initiatives.

Il y a quelques jours, l’Assemblée populaire nationale de Chine a approuvé les grandes lignes du 15e Plan quinquennal. Selon ces orientations, la Chine préservera le système commercial multilatéral centré sur l’OMC, participera de manière approfondie à sa réforme et s’opposera fermement aux pratiques protectionnistes ainsi qu’à l’abus des tarifs douaniers. À l’avenir, la Chine continuera de soutenir fermement un système commercial multilatéral fondé sur des règles. « Nous participerons de manière constructive à la réforme de l’OMC et favoriserons des résultats équitables, inclusifs et bénéfiques pour les membres en développement. La Chine renforcera également la coopération Sud-Sud au sein de l’OMC par le biais d’activités telles que le renforcement des capacités et le partage d’expériences », a conclu l’Ambassadeur Li Yongjie.

B. Daou, depuis Yaoundé

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