Un Président en exercice capturé par un autre, c’est la guerre des ressources ?

Donald Trump assume des frappes contre le pays de Nicolás Maduro, et la capture de celui-ci intervenue dans la nuit du vendredi au samedi 3 janvier 2026. C’est ce que confirme le Président américain en soutenant que le Président Vénézuélien répondra devant la justice américaine, d’accusations liées au terrorisme et au trafic de drogue. Mais l’affaire sent également le pétrole, donc la question des ressources comme toujours. Face à la concurrence pour les ressources naturelles, les Etats tombent dans l’Etat de nature où l’homme est un loup pour l’homme. Le Sahel riche en ressources minérales sera-t-il épargné par ce vent qui risque de précipiter « l’hiver noir » ?
En effet, après des frappes contre Caracas dans la nuit du vendredi au samedi 3 Janvier, ces attaques américaines contre le Vénézuéla ont abouti à la capture du Président Nicolas Maduro avec sa femme et son exfiltration au Etats-Unis pour comparaitre devant la justice américaine. Donald Trump dit intervenir au nom du peuple américain. Dans un communiqué, le Venezuela « dénonce la très grave agression militaire » des États-Unis. On assiste à une œuvre de déstabilisation américaine en Amérique du sud, notamment au Vénézuela.
Un Président en exercice capturé par un autre ? Il faut être américain pour le faire et il faut s’appeler Donald Trump. Même Ronald Reagan en bombardant Tripoli et Benghazi le 15 avril 1986 n’espérait pas faire autant.
Il y a en outre le cas du Général Manuel Noriega, Président du Panama, arrêté par les forces américaines, sous le Président Georges H. W. Bush, le 3 Janvier 1990 et exfiltré vers les Etats-Unis où il sera jugé par un tribunal fédéral pour « racket et trafic de drogue ». Puis dans un tour de passe-passe, il sera jugé en France pour « blanchiment d’argent issu du trafic de drogue », et ensuite au Panama pour « meurtres d’opposants politiques sous son propre régime ». Manuel Noriega a passé environ 25 ans derrière les barreaux (en détention) dans ces trois pays différents : Etats-Unis pendant 17 ans pour trafic de stupéfiants ; France quelques années pour blanchiment d’argent issu du trafic de drogue ; Panama pour le reste de sa vie pour meurtres d’opposants politiques sous son propre régime. Noriega meurt en détention en 2017.
En 2003, une Coalition internationale menées par les Etats-Unis envahit l’Irak, entrainant la chute du régime de Saddam Hussein le 9 avril 2003. Il est capturé par les forces américaines en décembre 2003, et jugé par un tribunal spécial irakien. Condamné à mort pour « crime contre l’humanité », Saddam Hussein a été exécuté par pendaison le 30 décembre 2003 à Bagdad.
enfin, sous la présidence de Barak Obama, les Etats-Unis au sein d’une Coalition internationale (OTAN) ont effectué plusieurs frappes sur le territoire libyen en mars 2011, notamment à tripoli, Benghazi et Syrte où a été tué le Président libyen Mouammar Kadhafi (le 20 Octobre 2011).
De quel droit ?
La logique d’intervention au nom du peuple américain, soutenu par Donald Trump, fait place à un déni du Droit international, où tout peut se faire au nom du peuple américain ; mais le Président américain a-t-il consulté le peuple ou le Congrès américain avant de se jeter dans cette aventure ?
Avec l’intervention américaine au Vénézuéla, on assiste à un effacement du principe de la juxtaposition des Etats (droit de coexistence), qui permet aux Etats de prévaloir leur souveraineté dans l’ordre international. Cela équivaut à imposer par la contrainte, une superposition – non pas des normes, mais – des Etats qui bouleverse l’ordre international, un Etat pouvant s’octroyer une supériorité de fait aux autres Etats, se hisser au-dessus du droit international.
Dans cet ordre mondial de dominants-dominés, les Etats-Unis agissent comme le gendarme du monde, qui en impose aux autres sans en être lui-même partisan. Cependant, le droit international pourrait-il devenir un instrument de domination, où le plus fort, comme postulé dans le « Contrat social » de Jean Jacques Rousseau, pourrait transformer sa force en droit ? Le cadre légal du droit international est sans doute violé par un Etat, avec la violation de l’espace aérien d’un autre, et avec l’enlèvement d’un chef d’Etat en exercice, normalement couvert par l’immunité présidentielle.
La guerre des ressources
Au cœur de cette bagarre se trouve la guerre des ressources. Donald Trump met en avant la question de narcoterrorisme, de pétrole volé, de trafic de drogue, de la Colombie au Venezuela et prenant la direction des Etats-Unis et de l’Europe. D’autres accusations comme le blanchiment d’argent issu du trafic de drogue ne sont pas à exclure pour étoffer les chefs d’inculpation contre le Président Nicolas Maduro, qui a déjà comparu devant le tribunal fédéral à New York, le 5 janvier 2026. Mais l’autre réalité est que Donald Trump est motivé par la quête des ressources et n’agit que pour des raisons économiques au profit des Etats-Unis.
Donald Trump croit pouvoir utiliser la coercition et la dissuasion pour renflouer ses caisses : sécuriser l’exploitation américaine des ressources minières à l’étranger et garantir la perception d’importantes taxes (droits de douanes) à l’importation aux USA en provenance de pays comme la Chine, le Canada, le Mexique, la France. D’ailleurs Donald Trump n’a pas pu s’empêcher d’évoquer la question des taxes lors de sa prise de parole, quelques heures après avoir cueilli le Président vénézuélien, Nicolas Maduro.
Quelle peut être l’implication de cet évènement au Sahel, précisément sur les Etats de la Confédération AES, dont l’actuel Président, le Capitaine Ibrahim Traoré a évoqué lors de la 2ème Session du Collège des Chefs d’Etats le 23 décembre à Bamako où il a pris le flambeau, un ‘’hiver noir‘’ imminent, qui n’épargnerait pas l’Afrique de l’Ouest.
Trump et l’AES
L’intervention américaine au Vénézuela a suivi cette autre qui a frappé le nord-ouest de l’Etat de Sokoto au Nigéria, le 25 décembre 2025 contre des présumés terroristes de l’Etat islamique (EI). Ces bombardements de Donald Trump doivent-ils inquiéter les pays sahéliens, notamment ceux de la Confédération AES ?
Donald Trump qui a exprimé sa volonté de lutter contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest, n’est pourtant pas l’ami des militaires au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger, qui bénéficient du soutien de leurs peuples. Ceux-ci ont bien accueilli la création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) le 16 septembre 2023 et l’évolution de celle-ci en Confédération le 6 Juillet 2024 lors du premier Sommet des chefs d’Etat de l’AES à Niamey au Niger.
Cette évolution positive de la volonté de ces pays d’exercer leur souveraineté sur leur territoire et de défendre les intérêts vitaux de leurs peuples suivant des stratégies géopolitiques qu’ils ont choisies n’est pas bien accueillie par certains Etats occidentaux, champions de la démocratie, mais dont ils sont les premiers à en piétiner les règles : ils réclament à cor et à cri les élections au Mali et au Burkina Faso, pendant qu’ils soutiennent la transmission du pouvoir de père en fils sans élection au Tchad, et les troisièmes et quatrième mandat en Côte d’Ivoire et au Bénin.
En guise de sanctions des régimes militaires issus de coups d’Etat, la France a suspendu son aide publique au développement, suivie par les Etats-Unis qui suspendent l’US’AID, avant d’interdire aux ressortissants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, l’entrée aux Etats-Unis. Les Etats de la Confédération AES prônent la réciprocité comme mesure diplomatique, en réaction à ces sanctions. Cette décision de réciprocité est toutefois assortie de souplesse avec des « modalités de mise en œuvre », qui concèdent des exceptions.
L’évolution de la situation sécuritaire et des crises institutionnelles, qui ont conduit aux coups d’Etat au Mali, au Niger et au Burkina Faso, a mis à nu le caractère exogène du terrorisme, ses sponsors et leurs objectifs qui ne sont pas étrangers au contrôle des ressources dans le Sahel.
Les Etats de la Confédération AES, qui sont énormément riches en ressources minérales, notamment l’or, l’uranium, le lithium, le pétrole, doivent-ils craindre leur braquage par des Etats plus forts, vu que l’ordre international connait un trouble avec son cadre légal violé par les Etats-Unis. Le pays de Donald Trump, qui se proclame « la plus grande puissance militaire du monde », n’entend pas moins faire rejaillir cette puissance sur son économie.
La Confédération AES n’a certainement pas reçu de menace directe de la part des Etats-Unis, cependant, prudence est mère de sureté, dit-on. Ce n’est pas le beau temps au plan diplomatique avec des coups bas et la réciprocité en réplique.
Le président de la Confédération AES, le Capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’Etat du Burkina Faso ayant sonné l’imminence de « l’hiver noir », déjà à nos portes, l’AES devrait-elle se mettre en ordre de bataille ? Ou l’urgence serait-elle d’abord de balayer devant sa porte ?

B. Daou

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