En évoquant dans un entretien avec la presse, des questions d’intérêt international comme le « Sahara occidental », le « Sahel », les « Émirats… », le Président algérien Abdelmadjid Tebboune se veut sans doute rassurant et convaincant. Surtout à l’endroit de certains pays sahéliens, qui ont besoin de cette confiance, comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger formant la confédération AES. Ce regroupement, un espace où l’Algérie est un élément clé de la géopolitique, a été suscité par des défis sécuritaire, diplomatique et de développement. Les pouvoirs de transition du Mali et de l’AES doivent-ils baisser la garde au nom d’une confiance retrouvée en Algérie ?
Alors que les plaintes de Bamako sont légion formulant des griefs ressassés contre les velléités impérialistes de certaines puissances, Alger à son tour n’avait pas été en odeur de sainteté. Le pays d’Abdelmadjid Tebboune à la quête d’une nouvelle virginité diplomatique, en direction de Bamako, tient à préciser à l’endroit du pouvoir de transition, son non alignement vis-à-vis de l’occident. Le Président Abdelmadjid Tebboune a, de vive voix, tenu à le faire savoir, lors de sa rencontre périodique avec les représentants des médias, samedi 03 Octobre 2026.
Il a affirmé qu’Alger ne renoncerait à ses relations ni avec la Russie, ni avec la Chine, ni avec les Etats-Unis, insistant sur la volonté de l’Algérie de conserver des relations avec les différentes grandes puissances : « Nous ne renoncerons à aucune de nos amitiés ». Cette politique étrangère fondée sur la multiplication des relations parait compatible avec la défense des intérêts nationaux et avec la volonté de conserver une marge de manœuvre diplomatique, du point de vue de Tebboune. D’un autre point de vue, on peut traduire cette situation par un non alignement, une ligne jadis adoptée par le Mali, une diplomatie fondée sur la diversification des partenariats plutôt que sur le choix d’un camp. Le fait d’affirmer son équidistance par rapport aux grandes puissances peut-il exempter Algerie de tout soupçon et le rendre blanc comme neige, après de nombreuses années de confusions et de situations troubles attirant sur lui la défiance et le discrédit.
Le président algérien affiche son point de vue sur la situation sécuritaire dans le sahel : la pauvreté constitue l’un des terreaux de la violence et des groupes armés. «La stabilité au Sahel vient du développement et non de la militarisation de la région», ainsi s’établit un lien entre précarité économique, désordre politique et développement des groupes terroristes.
Sans s’immiscer dans leurs affaires intérieures, l’Algérie entend maintenir une relation étroite avec ses voisins du Sahel, le Mali et le Niger. La proximité géographique avec le Mali rend, selon le Président Tebboune, la coopération incontournable. Il a affirmé que l’Algérie n’intervenait pas dans les affaires intérieures maliennes et que le président de la transition, Assimi Goïta, le savait parfaitement, souligne le chef de l’Etat algérien. Il va plus loin, Alger revendique une coopération sécuritaire avec Bamako et Niamey dans la lutte contre les groupes armés, indiquant que l’Algérie se tenait «cœur et âme» aux côtés du Mali et du Niger dans la lutte contre le terrorisme. « Cette déclaration intervient dans un contexte régional tendu, marqué par la recomposition des alliances au Sahel et par l’affirmation de nouveaux rapports de force autour des régimes militaires issus des coups d’Etat », commente le quotidien indépendant algérien, El Watan.
Alger indexe à l’instar de Bamako
Tebboune accuse certains Etats de recourir à des mercenaires en raison, de leur faiblesse démographique. Cette déclaration de Tebboune marque un grand déballage autour de la formation et du dessein de certains groupes armés qui terrorisent le Sahel. Le président algérien a évoqué le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), groupe armé ayant opéré dans le Sahel et qui avait revendiqué, notamment, l’enlèvement de diplomates algériens à Kidal en 2012. Tebboune a affirmé que le MUJAO avait été créé par «un Etat connu», avant de rappeler que le groupe avait assassiné des diplomates algériens puis disparu. La déclaration s’inscrit dans une lecture algérienne de la menace terroriste au Sahel qui insiste sur les responsabilités extérieures et sur les conséquences des déstabilisations successives de la région.
Indexant également les Emirats arabes dans le financement des groupes armés dans certaines régions de conflits, de soutenir des rebelles et des mercenaires, dans un contexte de tensions autour du Sahel et du Sahara occidental. Tebboune entend s’inscrire en faux contre les accusations qui mettent l’Algérie sur le même banc des accusés. L’Algérie avait annoncé le 10 septembre la rupture de ses relations diplomatiques avec Abou Dhabi, après avoir affirmé avoir épuisé les voies permettant de préserver les relations bilatérales.
Le président algérien a également accusé les Emirats de soutenir des rebelles et des mercenaires, dans un contexte de tensions autour du Sahel et du Sahara occidental. Ces accusations relèvent de la position défendue par Alger et interviennent après plusieurs mois de dégradation des relations entre les deux pays. La rupture diplomatique constitue un tournant pour la politique régionale algérienne. Le gouvernement avait officiellement expliqué sa décision par l’accumulation d’actions jugées hostiles après plusieurs avertissements adressés à Abou Dhabi. Tebboune a, cette fois encore, inscrit cette décision dans une lecture historique de la souveraineté algérienne, rappelant que l’Algérie ne pouvait accepter ce qu’il considère comme une tentative de pression ou d’ingérence.
Si cet acteur clé de la géopolitique dans le Sahel se dresse contre le financement et le soutien aux groupes armés terroristes dans le Sahel, il ne peut qu’être en phase avec les Mali. Par ailleurs la République saharaouie (RASD) que le Mali ne reconnait plus en tant qu’Etat, alors que la question de l’autodétermination du peuple saharaoui demeure pour l’Algérie une équation de politique extérieure va-t-elle demeurer une pomme de discorde ?
B. Daou




