Chronique du Mali : L’impression de se hâter

Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb atterrit à l’aéroport international Président Modibo Kéita Bamako Senou, où il est accueilli par son homologue malien, Général de division Abdoulaye Maïga. Il s’agit d’une visite de travail, qui arrive trois semaines après celle du Premier ministre malien à Alger, le 24 août dernier. Après l’aéroport, le Général Abdoulaye Maïga et son hôte, à la tête d’une forte délégation se sont rendus à la Primature, ce 14 septembre.
Alors qu’on essaie d’accélérer le processus de rapprochement, sans être prolixe sur les dessous de l’accord secret ayant prévalu à la reprise subite des relations diplomatiques entre le Mali et son voisin du nord, l’Algérie, les autorités des deux pays passent à la vitesse supérieure. Le Premier ministre malien, lors de sa visite à Alger, n’a-t-il pas souligné une « convergence totale de vues » avec Alger et indiqué l’acceptation du Président malien le Général Assimi Goïta, de répondre favorablement à l’invitation de son homologue algérien à se rendre à Alger ? Rarement a-t-on vu une telle vitesse dans le dénouement d’une crise diplomatique entre deux pays divisés par une crise profonde, visiblement sécuritaire et diplomatique, au fond économique et géopolitique.
Qu’attendent les Maliens de cette reprise des relations diplomatiques et de coopération matérialisée par la tenue la semaine dernière (du 9 au 10 Septembre) de la Grande commission mixte de Coopération Mali-Algérie ; la visite de travail à Alger, du Premier ministre malien Général Abdoulaye Maïga, du 24 août dernier ; et la présente visite à Bamako de son homologue algérien Sifi Ghrieb ?
Les populations du Mali, du nord au sud, d’Est en Ouest, qui ont subi de plein fouet l’insécurité qui s’est durablement installée depuis 2012 admireraient sans doute, un dépassement du simple cérémonial pour une démonstration concrète de la volonté de pacifier ; de marquer un nouveau départ, celui d’une relation plus mature, basée sur un respect mutuel strict, et des projets économiques interconnectés et profitables à nos peuples. Or ce qu’on voit jusque-là, ne représente qu’un revirement spectaculaire de deux grands pays, deux grands peuples ayant vécu une longue expérience d’alliance contre les inégalités érigées en règles de géopolitique, et l’impérialisme. Ainsi la visite du Premier ministre algérien doit valoir des accords dans plusieurs domaines : Énergétiques, Transports, Commerce, Mines etc. Et comme aucun de ces projets souhaités n’est réalisable sans la sécurité, la fin du terrorisme, ce n’est qu’un secret de polichinelle, que le fil d’Ariane sécuritaire est détenu par l’Algérie d’Abdelmadjid Tebboune.
Les Maliens savent toujours nourrir l’espoir, mais sans doute ne vivent pas d’espoir. S’il y a aujourd’hui quelque chose de génial, que l’insécurité a forgé chez les Maliens, qui serait donc la fleur de notre mal, c’est bien la résilience et le pragmatisme avec l’ambition d’être autonome. Ce pragmatisme aide les autorités du Mali à s’orienter vers des partenaires qui respectent la souveraineté du Mali, ses choix stratégiques et les intérêts du peuple malien.
Des accords énergétiques et d’infrastructures routières nationales et transfrontalières répondraient aujourd’hui à un besoin réel des populations du Mali. Ce partenariat concret serait un tremplin pour permettre aux autorités maliennes de renforcer les infrastructures industrielles, de transformer les immenses ressources minérales, et les productions agricoles (600 000 t de coton). Les Maliens aspirent à transformer le visage du Mali : de pays classé pauvre en pays riche. En effet, l’Algérie peut être un partenaire pour faire taire les armes et les tronquer engins de construction d’infrastructures.

Désenclavement, la route du développement

Le désenclavement est essentiel pour le développement d’un pays. « La route du développement passe par le développement des routes », dit-on, l’Algérie peut être un partenaire crédible pour des projets routiers et d’infrastructures transfrontalières pour assurer à notre pays une ouverture vers la Méditerranée, permettant d’accroitre les échanges commerciaux. Cela peut représenter une alternative pour diminuer la dépendance aux ports qui se trouvent en Afrique de l’Ouest.
Cependant les infrastructures transfrontalières sont des relais pour les routes nationales, et bien des projets routiers ont connu un coup d’arrêt, à cause des attaques terroristes. La question sécuritaire est en effet incontournable, lors de la présente visite, au risque de lever un coin de voile sur ce qui parait un accord secret.

Effet d’entraînement sur la C.AES

Les Etats membres de la confédération AES sont engagés par une communauté de destin, qui se ressent dans les domaines diplomatique, sécuritaire et du développement. En effet, le partenariat bilatéral d’un Etat membre de la C.AES est respecté solidairement par les deux autres. Il y a eu un précédent, le projet de gazoduc avec le Niger, un Etat membre de l’AES. Ce partenariat bilatéral entre Alger et Niamey est déjà un modèle. Aujourd’hui, c’est Bamako avec des projets énergétiques et d’infrastructures de transport (sous réserve de confirmation), et demain assurément Ouagadougou dans d’autres domaines ? Ce qui est sûr, la réalité de la communauté de destin fait que ce qui sert l’un ne dérange pas les autres. Et aujourd’hui, il n’y a pas que le pont économique entre le Nord et le Sahel, on peut parler aussi de coopération sécuritaire, quand on voit des avions algériens dans le ciel nigérien, après l’attaque de la base 101 à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août dernier. Das la confédération AES, un Etat membre, c’est comme les autres membres.

Diplomatie de bon voisinage renouvelée

Le respect mutuel et le partenariat gagnant-gagnant est le postulat de la diplomatie de bon voisinage. Dans le respect mutuel, il n’y a pas d’ingérence dans les affaires intérieures de l’autre. La présente visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, est l’un des signaux forts de ce respect mutuel, prémisse d’une coopération mutuellement avantageuse.
Entre le Mali et l’Algérie, il s’agit de deux peuples liés par l’histoire et la géographie, qui ont des frontières communes sur plus de 1 300 km. Un pan de cette histoire commune nous enseigne : l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika, surnommé « Abdelkader el-Mali », a principalement séjourné à Gao ainsi qu’à Bamako pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie.
A Gao, ville du nord Mali, était établi l’ancien siège de l’Armée de libération nationale (ALN) pour le front du Mali, et Bouteflika y a séjourné dans le cadre de ses activités pour le FLN. Bamako : Il a aussi résidé près de deux ans dans la capitale malienne, dans le quartier de l’Hippodrome, où une maison servait de quartier général de communication pour le mouvement.

B. Daou

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