Saison agricole 2026 au Mali: Situation préoccupante dans plusieurs localités

Les zones de grande production de céréales dans plusieurs régions du centre et du sud ont subi de plein fouet, la sécheresse consécutive au déficit pluviométrique, qu’elles ont connu depuis le début de la saison agricole 2026. Ce manque de pluie a persisté surtout au cours des mois de juillet et août, au moment crucial de la croissance des jeunes plants, freinant leur développement normal et rendant les champs peu garnis à vue d’œil.
Le début du mois de Septembre a été marqué par une reprise des précipitations dans certaines localités, mais les semaines précédentes ensoleillées, sans précipitation, ont affecté la croissance des céréales comme le mil, le sorgho et le maïs.
Dans la zone de MBewani (entre Markala et Niono) où nous nous sommes rendus à la fin du mois d’août, la situation n’est guère reluisante à cause de la sécheresse, les pluies ne s’étant pas installées de manière stable. La saison agricole est le sujet de conversation sur toutes les lèvres.
A partir de Bamako, le voyageur sur la route nationale RN6, peut se délecter en regardant une bonne évolution des champs de maïs dans la périphérie de Bamako (Baguineda, Kassela) et jusqu’à Zantiguila (poste de contrôle), après la forêt classée de la FAYA.
Les champs y sont rayonnants et prometteurs, effets d’une pluviométrie suffisante à Bamako et environnants. Les champs de maïs se laissent bercer au moindre coup de vent, tandis que les feuilles chantent et dansent, les crêtes portant des parures dorées s’enlacent.
Les productions de cette périphérie de Bamako, relevant de la région de Koulikoro, jouent un rôle économique et agricole stratégique pour l’approvisionnement de la capitale malienne, en denrées : fruits et légumes, viandes, laits.

Contraste drastique

Progressant sur la RN6, au fur et à mesure que l’on remonte vers le nord-est, notre espoir d’une bonne saison 2026 s’amenuise, car, au lieu des champs touffus de céréales, c’est des plants qui n’ont pas grandi, faute d’humidité, qui attendent, froissés par déshydratation. Les passagers sont gagnés par un sentiment de désolation mêlée à la crainte de mauvaises récoltes, synonyme de difficultés supplémentaires en perspectives.
Marka-Koungo, puis Fana, le voyageur se redresse sur son fauteuil d’AIR NIONO, du nom de cette Compagnie de transport interurbain, qui fait voyager dans les meilleures conditions, aux cars climatisés. Il essaie de fermer un œil.
Puis Konobougou et Zambougou, rien ne change, sinon qu’empirer. Les voyageurs leurs yeux des champs et essaient de converser sur d’autres sujets. Entre ces deux villes, soudain, voilà un champ qui sort du lot, l’état du sorgho est bien meilleur, certainement un bas-fond qui garde de la fraicheur, même quand il ne pleut pas assez, mais qui s’inonde facilement en cas de grandes pluies successives. Dans ce champ sur le bord gauche, trois bœufs avaient choisi l’endroit où les plants sont les plus grands, pour se régaler. Ils s’acharnaient tel dans une compétition, à brouter les hauteurs des plants, à gauche, à droite, de sorte à les ramener presqu’au même niveau que ceux de tailles plus basses. Pourvu qu’ils soient des bœufs de labour et non des têtes égarées d’un pâturage ; qui aimerait être là quand le propriétaire du champ rencontrerait le berger ? Pas moi en tout cas.
Plus loin, les champs de niébé, d’arachides ou de poids de terre, refusaient de cacher la terre assoiffée d’eau, et au-dessous de faibles couverts de feuilles vertes se montrait une étendue de terre brune.

Village éprouvé

La question alimentaire est assez cruciale qu’on ne peut pas l’oublier. C’est ainsi qu’au village, après les obsèques qui y ont eu lieu dans la matinée du mardi 1er septembre, la vie continue naturellement, on cause survie, insécurité, perspectives après de douloureux évènements qui ont frappé les habitants. La saison agricole avec un déficit de pluie rarement égalé, et la question sécuritaire restent des préoccupations de premier ordre. On en parle.
A Markala, rendant visite à un ami, qui plus est ancien responsable du sous-secteur agricole de Markala, le sujet du déficit pluviométrique s’impose. Tout comme dans le bus de transport au retour. Selon des passagers en provenance de Mopti, « on a vu des champs qui peuvent facilement prendre feu, tant les feuilles des mils ont séché », cette jeune dame qui en parlait, y revenait incessamment tel un refrain, comme si elle appelait les autres passagers à partager une douleur, sa tristesse d’avoir été témoigne d’un drame ô combien désolant. Son voyage n’a pas été une partie de plaisir à cause de l’état des champs. Le long de la route nationale RN6 n’a pas réservé à cette jeune dame, un panorama de réjouissance, le spectacle vécu ne lui donne pas envie de rebrousser de sitôt, la RN6.
Selon différents témoignages concordants, la situation serait similaire dans plusieurs localités : Ségou, Bla, San, le Monimpé, le Macina, le Sanan, le Kala et le Seno. Certains témoignages ajoutent Koutiala et même Sikasso où la pluviométrie est loin du niveau habituel, jusqu’à la fin du mois d’août.
En effet, qu’il s’agisse de culture sèche céréalière ou par irrigation en zone Office du Niger, la saison agricole 2026 appelle à se préparer à une soudure bien plus longue et à la résilience.

Zone Office du Niger

Les champs de riz dans les zones Office du Niger ne connaissent pas un meilleur sort ; ici prévaut le même constat de désolation à la fin du mois d’août. Dans les périmètres dits de maîtrise d’eau, se répercute le bas niveau du fleuve, qui n’a pas atteint les hauteurs souhaitées, permettant de drainer les champs.
Les grands canaux du Sahel, du Macina et du Canal Cost-Ongoïba, attendent jusqu’en ce début de Septembre, la déviation par gravité des eaux du fleuve Niger à partir du pont barrage de Markala, une infrastructure géante construite en 1947 pour alimenter par gravité, sans pompage, un million d’hectares : par ce principe technique, l’eau du fleuve Niger est déviée par gravité grâce à la surélévation du plan d’eau assurée par le Barrage hydraulique de Markala. Théoriquement, les canaux alimentés par l’ouvrage ont une capacité potentielle globale qui dépasse les surfaces actuellement aménagées. Le mastodonte a cependant une efficacité imaginaire, qui ne se réalise que lorsque le ciel a bien voulu lui venir en aide, par l’intensité et la quantité des précipitations tombées en amont, de Markala au golfe de Guinée.
Si jusqu’en 2026, les périmètres exploités n’ont pas atteint le million d’hectares prévus, ce n’est pas seulement par faute d’aménagement, il y a aussi que le barrage de Markala a montré ses limites à alimenter à point les grands canaux (Sahel, Macina, Cost-Ongoïba), qui irriguent les zones de production. En attendant que dame nature ne viennent au secours par les eaux pluviales, la situation de déficit persiste, et les producteurs y compris dans les zones de maîtrise d’eau ne peuvent que s’en remettre à la volonté du bon Dieu et se résigner dans la scrutation du ciel. On n’oublie pas de mettre sous réserve, les caprices de dame nature et la volonté du Tout Puissant, qui peuvent conduire aux bouleversements inattendus, positivement s’entend.

B. Daou

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