Mines de Loulo-Gounkoto : Barrick perd sûrement la main !

Le gouvernement malien, pour se défaire des écueils de blocages jetés sous ses pieds par la société Barrick, a choisi de jeter son dévolu sur les ressources humaines de qualité du domaine minier. Hilaire Bebian Diarra, Ingénieur des Mines, Spécialiste en Sciences de la Terre, ancien directeur général de la mine d’or de Tongon pour la compagnie canadienne Barrick, celui-là même qui représentait la société dans les négociations avec le gouvernement malien, vient d’être nommé conseiller spécial du Président Assimi Goïta. Il arrive à la suite de Samba Touré, l’ancien directeur des opérations de Randgold pour l’Afrique de l’Ouest, désormais au côté de l’administrateur provisoire des mines de Loulo-Gounkoto, Soumana Makadji.

Depuis l’adoption d’un nouveau code minier en 2023, la défense des intérêts des Maliens ne relève plus de la rhétorique. C’est devenu un principe de gouvernance pour le gouvernement et le ministre des Mines Amadou Kéita, rappelle à volonté l’Article 34 de la constitution du 22 juillet 2023, qui indique que « L’action publique est guidée par les principes fondés sur le respect de la souveraineté de l’Etat, les choix souverains du Peuple et la défense de ses intérêts ». Le nouveau code minier, en misant sur le contenu local, la fiscalité et le contrôle des ressources, fait de ces dispositions constitutionnelles, un leitmotiv.

Entrainant une augmentation des avantages au bénéfice du Mali par l’amélioration de la part de l’Etat, du secteur privé malien et des populations locales, l’application du nouveau code minier rencontre une opposition du géant minier canadien Barrick Gold, société qui exploite la plus grande mine du Mali, le complexe minier de Loulo-Gounkoto, situé dans la région de Kayes dans l’Ouest malien, non loin de la frontière avec le Sénégal. Cette opposition s’est transformée en bras de fer engagé depuis novembre 2024 par le magnant minier sud-africain Mark Bristow, directeur général de Barrick Gold, contre l’Etat malien.

Nommé administrateur provisoire des mines de Loulo-Gounkoto, Soumana Makadji a vite compris qu’il faut avoir les rapports de forces axés sur les ressources humaines en sa faveur. Il se rallie les services d’un « vieux de la vieille » , qui a blanchi sous le harnais minier, à savoir Samba Touré, pour partager cette aventure et relever en tandem, les défis cruciaux liés à cette relance après six mois de fermeture de la mine.

Samba Touré a longtemps servi comme directeur des opérations de Randgold pour l’Afrique de l’Ouest, et actuellement directeur de la compagnie minière nationale à savoir la Société de Recherche et d’Exploitation des Mines (SOREM). A noter que Randgold a fusionné avec Barrick en 2018, et en effet, Samba Touré est un grand connaisseur de Barrick et des méandres secrets de la production aurifère au Mali.

Le gouvernement malien, pour se défaire des écueils de blocages jetés sous ses pieds par la société Barrick, mise sur les ressources humaines de qualité du domaine minier. Après l’ancien directeur des opérations de Randgold pour l’Afrique de l’Ouest, Samba Touré, qui offre ses services au côté de l’administrateur provisoire des mines de Loulo-Gounkoto, c’est le tour à cet Ingénieur du domaine, Hilaire Bebian Diarra, ancien directeur général de la mine d’or de Tongon pour la compagnie canadienne Barrick, d’être nommé à la Présidence de la République du Mali, comme conseiller spécial du président de la transition du Mali, le 29 août dernier. 

Il s’agirait d’un cadre qui représentait l’entreprise Barrick « dans des négociations tendues avec le gouvernement malien », selon Reuters, qui cite comme source « un responsable du ministère des Mines ».

Intervenant dans un contexte de tensions entre le gouvernement et le géant minier Barrick, la nomination de cet ancien dirigeant de la compagnie, Spécialiste en sciences de la terre, l’État renforce son expertise technique et sa connaissance des rouages internes de l’industrie. « Ingénieur et dirigeant reconnu dans le secteur aurifère, Hilaire Diarra a longtemps occupé des postes stratégiques, notamment à la tête de la mine de Tongon en Côte d’Ivoire pour Barrick. Le fait qu’un ancien cadre de la multinationale rejoigne directement l’appareil étatique malien est interprété par de nombreux observateurs comme un signal fort adressé au secteur minier. En intégrant une figure familière des négociations et du terrain, Bamako choisit un profil capable de parler le langage des compagnies tout en défendant les priorités nationales », écrit La Nouvelle Tribune.

Au-delà du parcours individuel, cette décision marque une étape importante dans la gestion des ressources stratégiques du pays. L’or représente une part considérable des recettes d’exportation et conditionne une grande partie des équilibres budgétaires. En s’entourant d’un conseiller qui connaît de l’intérieur les pratiques des grands groupes, le pouvoir malien se dote d’un atout pour mieux orienter les discussions futures. Cette nomination peut être comparée à l’entrée d’un arbitre expérimenté dans une partie complexe : sa présence ne change pas les règles, mais elle influence la manière dont elles seront appliquées et négociées, analyse La Nouvelle Tribune.

Le gouvernement malien veut-il prendre en vitesse la société canadienne Barrick Gold, car lentement, mais sûrement, après la décision de justice qui lui accorde l’administration provisoire du complexe minier de Loulo-Gounkoto, Bamako n’avance-t-elle pas vers sa nationalisation, si le Directeur Général Mark Bristow reste de marbre ? Le permis d’exploitation de Barrick arrivant à expiration en février 2026, l’Etat malien va-t-il se priver le plaisir de ne pas le renouveler ?

Le Républicain

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