L’affaire des « 200 milliards de FCFA de crédits douteux », continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive, malgré un communiqué de l’APBEF, qui, loin de faire la lumière, encourage les interprétations et l’amalgame. D’allusions en insinuations, une certaine lecture de l’affaire fait son chemin et met en scène banquiers, hommes politiques et opérateurs économiques, qu’elle tente de remettre en cause. En l’absence d’information officielle saine, les voies sont ouvertes aux interprétations les plus saugrenues et à l’amalgame. A ce rythme, l’APBEF ne pourra se plaindre de n’avoir que des morceaux à coller.
Dans un précédent article, « Evasion de 200 milliards dans une banque malienne : L’APBEF cultive l’omerta autour des banques au Mali », l’hebdomadaire économique, « Les Secrets Bancaires » attirait l’attention de ses lecteurs sur le caractère puéril d’un communiqué vide, produit par l’Association Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers du Mali (APBEF). C’était prévisible que ce communiqué portait les germes d’interprétations aux effets indésirables.
Mettant l’accent sur une « totale transparence vis- à-vis de la population », le communiqué du 26 Octobre 2022, signé par la présidente de l’APBEF-MALI, Aissata Koné Sidibé, n’apportait rien qui puisse attester de cette volonté de se mettre au côté des clients, des actionnaires et des partenaires des banques. Au lieu de mieux communiquer pour rassurer et mettre à l’aise les bénéficiaires des banques, et ceux dont l’argent fait vivre les établissements financiers, l’APBEF s’est emmurée dans un silence assourdissant aux conséquences ravageuses.
Le seul mérite à l’actif de l’APBEF est la reconnaissance implicite, la confirmation de l’extraction irrégulière de 200 milliards de FCFA. Il s’agirait donc de fuite de capitaux, une évasion financière préjudiciable à l’institution bancaire. « Affaire de crédits douteux : les précisions de l’APBEF », c’est le titre du communiqué publié par l’APBEF. Ce message en date du 27 Octobre, l’APBEF n’apporta aucun démenti aux allégations qui circulaient sur les réseaux sociaux, au contraire. Il a plutôt tenté de minimiser les risques éventuels dont l’affaire est porteuse et d’en occulter les atteintes de crédibilité ; un coup fatal pour une banque qui repose sur la confiance des clients et des actionnaires. Aucune information n’a été apportée à la connaissance de la population et de la clientèle, aux quelles l’APBEF, la main sur le cœur, jure vouer une «totale transparence ». Outre le fait que l’APBEF a soigneusement gardé secret l’identité de la banque, des questions d’importance capitale demeurent : les crédits d’une envergure de 200 milliards de FCFA ont-ils été décidés en Conseil d’Administration ou ont-ils été attribués clandestinement ? Est-ce une décision politique, qui en est à l’origine ? A-t-on tordu la main aux responsables de la Banque concernée, pour obtenir des crédits irréguliers ? Comment interpréter cette loi du silence, l’omerta entretenu par les acteurs et le milieu bancaire ? Que fait le Conseil d’Administration de cette banque ? Les actionnaires et la clientèle de la banque ont-ils été trahis ? Puisqu’on parle d’une « banque malienne », que fait le procureur du pôle anti-corruption ? Le procureur de la République, près du Tribunal de la Commune III ne doit-il pas ouvrir une enquête pour retracer les voies et moyens utilisés pour dérober la banque de 200 milliards de FCFA ? Suivant quel procédé les fonds se sont volatilisés : vol par moyens électroniques, complicité d’agents et de responsables de la banque, usage de moyens légaux à des fins illégales, instructions données par des niveaux politiques au sommet de l’Etat ? Si les faits relèvent de secret d’Etat, les populations doivent être en informées.
APBEF se complait dans l’omerta
Sur cette « Affaire de crédits douteux », les Maliens attendaient « les précisions de l’APBEF», une promesse non tenue par le communiqué de la faitière : « Depuis quelques jours, des informations faisant état de 200 milliards de FCFA de crédits douteux dans une banque malienne, circulent sur les réseaux sociaux. L’Association Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers du Mali (APBEF) fidèle à sa tradition de totale transparence vis- à-vis de la population en général et de sa clientèle en particulier rassure quant à l’engagement de ses membres à toujours œuvrer pour le respect des règles prudentielles de la BCEAO. Aussi, elle informe que ses membres continueront à respecter leurs engagements vis – à – vis de la clientèle et des partenaires. L’APBEF sait compter sur la bonne compréhension de tous ». C’est la teneur du communiqué, qui ne dément pas les rumeurs, et n’apporte pas de précision non plus sur « les crédits douteux », laissant libre cours aux interprétations diverses.
La teneur du communiqué était tellement surréaliste, par la maigreur de son contenu, qu’on a pu penser, un moment à un fake news. On ne pouvait s’attendre à ce qu’une association professionnelle ayant vocation à défendre les intérêts des clients et des partenaires, puisse se fendre un communiqué évoquant en règle, une évasion financière de plus de 200 milliards de FCFA dans une banque malienne, sans nommer celle-ci, et dire suivant quel procédé les fonds ont été extraits de la banque. Ceci ne dénote pas d’un profond respect pour la clientèle.
Ledit communiqué signé le 26 Octobre 2022, porte le cachet de la présidente, sans nom « La Présidente de l’APBEF-MALI ». Cela n’est pas gage d’authenticité tant le contenu est flou. Mais après recoupement, il nous est revenu de nous assurer que l’APBEF valide. Mais avec ce point qu’il entretient l’obscurité, ni n’informe, ni ne communique. Curieux de la part d’une association professionnelle des Banques, sensée informer et défendre les populations, ses clients et ses partenaires.
Le communiqué de l’APBEF pèche et jette l’opprobre sur l’ensemble de la corporation bancaire pour plusieurs raisons. Premièrement, l’APBEF choisissant de ne pas nommer la banque, encore moins les présumés auteurs et leurs complices, fait le choix de l’omerta, et de la complicité tacite, qui frise la solidarité de la corporation à l’égard de ceux de leurs membres éventuellement suspectés. Deuxièmement, le silence ainsi échafaudé autour de la question la rend plus assourdissante et entretient le doute sur l’ensemble des banques de la place au Mali. Troisièmement, l’APBEF gagnerait à respecter un peu plus les populations, notamment sa clientèle et ses partenaires, en infantilisant moins. Car ce communiqué entretient tout, sauf une « totale transparence vis- à-vis de la population en général et de sa clientèle en particulier ». On ignore finalement, ce que le communiqué de l’APBEF tente de communiquer, sinon rendre la situation davantage troublante et confuse, dans quel but ?
L’APBEF a l’obligation de rendre compte, et les clients et les actionnaires ont le droit d’exiger de l’Association qu’elle parle dans un langage plus clair et intelligible, afin que les propriétaires de l’argent déposé dans la banque concernée, les clients et les partenaires soient édifiés. Il y va de la quiétude de tous pour un environnement bancaire plus paisible.
Place aux commentaires …
Selon le site ‘’afriksoir.net’’, « c’est le 24 octobre que Serge Daniel, journaliste correspondant de RFI et de France 24, a lancé l’alerte sur son compte Twitter. « Mali-Banque- Affaire de plusieurs milliards de FCFA de créances douteuses : Échec ce 24 octobre, d’une tentative de règlement à l’amiable entre la banque et un important opérateur. 5 baraques hypothéquées pour un prêt de 2,1 milliards de FCFA ne valent en réalité que 200 millions », avait-il tweeté, dans un deuxième tweet sur le même sujet sans plus d’informations ». Dès lors, les informations fusaient de toutes parts, les unes aussi invraisemblables, vraies, fausses ou approximatives. Certains n’hésitant pas à mettre en cause, de hauts responsables du pouvoir militaire du colonel Assimi Goïta ou d’anciens pontes du temps de Ibrahim Boubacar Kéita, le défunt président élu et déchu, en août 2020, poursuit afriksoir.net.
Le site afriksoir.net a reproduit dans son article, le communiqué de l’APBEF, le qualifiant de « communiqué laconique » du « patronat des banques maliennes ».
Pour certains l’APBEF aurait dû surseoir à la publication s’un tel communiqué. « L’APBEF aurait mieux fait de ne pas se prononcer sur cette affaire avant un communiqué officiel sur la question. Le nom de la banque encore moins ceux des personnalités poursuivies par les autorités judiciaires n’ont pas été révélées au public. L’information a toutefois été diffusée largement sur internet », commente le journal ‘’La Sirène’’. On se demande si l’APBEF ne tente pas de voler au secours des banquiers impliqués dans cette affaire de prêt douteux… Pour l’instant, rien n’a filtré sur l’identité de la banque et des personnalités concernées par le scandale qui secoue le milieu bancaire du pays, poursuit ‘’La Sirène’’. Le journal évoque des soupçons portés sur certaines « personnalités politiques qui ont l’habitude de mener des opérations bancaires douteuses dans les banques où l’Etat intervient beaucoup… des hauts responsables du pays se servaient à volonté dans certaines banques locales », écrit ‘’La Sirène’’. L’article évoque l’existence dans certaines banques de la place, de pratiques qui tordent le cou à la loi, comme le recrutement du personnel par népotisme, le recrutement des fils à papa sans diplôme. Conséquence, la multiplication des procès « de clients contre des banques pour avoir perdu de l’argent de façon mystérieuse », selon La Sirène.
Plusieurs sites d’information, à l’instar de ‘’abamako.com’’, de ‘’laviesahel.com’’ de ‘’5minutesinfos.net’’, de ‘’afropages.fr’’ de ‘’Maliactu.info’’, ainsi que des pages Facebook dont ‘’Bamako Bamada’’ ont relayé des articles sur l’affaire, dont certains taclent au passage l’APBEF pour le peu de sérieux avec lequel la communication est gérée dans cette affaire de prêts fictifs de 200 milliards de FCFA.
… Interprétations et insinuations…
« 200 milliards de prêts fictifs : La BMS sur les traces de la défunte BHM-sa », c’est le titre du ‘’Nouveau Courrier’’ un journal édité en Côte d’Ivoire, dans cette affaire de crédits douteux. Et le journal accuse et indexe : « Gros prêts bancaires fictifs, gouvernance au service des privilégiés de la République… La Banque malienne de solidarité (BMS-sa) semble être un outil financier aux ordres des hommes du pouvoir ».
Pour la première fois, un visage est donné à l’affaire : la BMS-sa. La Banque ne confirme pas. Nos sources nous renvoient à l’affaire des Halles Houphouët Boigny de Bamako, un grand marché en Commune VI du district de Bamako, dans la construction duquel intervenait au côté de la BHM sa, la Société ivoirienne de Concept et de Gestion (SICG) dont le Président-Directeur-Général est l’Ivoiro-Libanais, Mohamed Jamal Saïdi. Cette coopération qui a tourné au vinaigre, conduisit les partenaires BHM- SICG devant les tribunaux de Bamako. Du verdict de la Cour d’Appel de Bamako, en 2009, donnant raison à la BHM sa, l’affaire connaitra par la suite, des rebondissements et des fortunes diverses pour l’une et l’autre partie. Selon nos sources à la BMS sa, une solution négociée aurait été trouvée à cette affaire. Selon nos sources, ce n’est pas la BMS sa qui est concernée par les « crédits douteux de 200 milliards dont on parle ». Mais nos sources n’indiquent pas de quelle banque il est question.
Mais le Nouveau Courrier persiste et signe, accusant banquiers, opérateurs économiques et politiques. « Le lièvre avait été levé par un rapport de la BCEAO, en octobre dernier, qui reprochait à trois Banques de l’espace UEMOA, dont une au Mali, d’être à l’origine de blanchiment d’argent ». Il poursuit : « D’après nos informations devenues un secret de polichinelle à Bamako, l’affaire de 200 milliards de FCFA de prêts fictifs octroyés à un jeune homme d’affaire du nom de M. Lah proviendrait de la Banque malienne de solidarité (BMS-sa) », lit-on dans le Nouveau Courrier, alors qu’il est de notoriété à Bamako, que Nouhoum Togo, un homme politique malien, l’auteur du post sur sa page Facebook, accusant l’opérateur économique Mama Lah, avait reconnu ses erreurs, apporté un démenti et présenté des excuses publiques à Mama Lah, chez lui en présence de ses amis. Mais ce démenti a échappé au Nouveau Courrier, qui publie son article au vitriol et va plus loin en indexant: « Visiblement orchestrée pendant la gestion de l’ancien DG, Alioune Coulibaly, un frère à Seydou Mamadou Coulibaly, le richissime homme d’affaire et président du mouvement le pacte citoyen Benkan, cette affaire éclabousse la BMS.sa et rappelle la triste histoire de la défunte BHM.sa dont celui qui serait à l’origine de cette rocambolesque affaire de prêts fictifs, Alioune Coulibaly, fut aussi un cadre clé à la Banque de l’Habitat du Mali (BHM.sa) au moment de sa descente aux enfers ». C’est visiblement le pic visé par l’article en question, et les allusions et les insinuations mises en exergue, mettant en relation un banquier et un homme politique dont la candidature est annoncée à la présidentielle, peuvent conduire naturellement à faire un amalgame. Volontaire ou pas, cet amalgame peut être grave de conséquences, pour un journal qui se veut crédible comme Le Nouveau Courrier. Et c’est à la fois le banquier et le politique, qui en prennent le coup, en l’absence d’un démenti. Cet opérateur économique, qui avait été annoncé en fuite, était sans inquiétude à Bamako, et a ainsi reçu les excuses de Nouhoum Togo. Tout porte à croire, que toute cette affaire, y compris le communiqué de l’APBEF ne vise qu’à divertir. Pour quel but ? En l’absence de communiqué plus explicite et clair de l’APBEF, certains pourraient en subir d’énormes préjudices. Qui a intérêt à empêcher le président de Benkan de briguer la magistrature suprême ? Est-il visé pour sa prospérité économique ou pour ses ambitions politiques ? L’ancien DG de la BMS sa, Alioune Coulibaly, frère de Seydou Mamadou Coulibaly, « le richissime homme d’affaire et président du mouvement le pacte citoyen Benkan », comme le décrit Le Nouveau Courrier, doit-il faire les frais, subir des préjudices pour de cette fraternité ?
… Rebondissement
Malgré les excuses publiques de Nouhoum Togo, comme indiqué ci-dessus, l’affaire va rebondir avec l’interpellation et la mise sous mandat de dépôt de ce dernier, lundi 21 novembre. L’article du Nouveau Courrier, qui met en cause l’opérateur économique en est-il pour quelque chose ? A-t-on pensé que les allégations de Nouhoum Togo sont pour quelque chose dans les affirmations et accusations graves contenues dans l’article du Nouveau Courrier ? De causes à effets, Nouhoun Togo, homme politique malien sera interpellé, le vendredi 18 novembre, par le Commissariat de police de Sotuba où il a été gardé à vue, avant d’être présenté ce lundi 21 novembre, au juge d’instruction du 3ème cabinet du Tribunal de la Commune VI qui a décerné un mandat de dépôt contre lui, selon le quotidien national L’Essor. A l’origine, une plainte dans l’affaire l’opposant à l’opérateur économique Mama Lah pour «injures et diffamations par biais d’un système d’information et de communication », selon une source proche du dossier, poursuit l’Essor. Il y a quelques semaines, Nouhoum Togo avait indiqué sur sa page Facebook avoir présenté ses excuses à l’opérateur économique sur conseils de son avocat et de plusieurs autres personnes proches de Mama Lah. La mise sous mandat de dépôt intervenue le lundi dernier, marque « un rebondissement de cette affaire que l’opinion publique croyait déjà enterrée », commente L’Essor. Affaire à suivre ! Nous y reviendrons !
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