Me Mountaga Tall, président du CNID FYT écrit sur sa page facebook, ce mardi18 octobre 1990 : «18 octobre 1990 – 18 octobre 2022. Joyeux anniversaire au CNID-association. Nos idéaux originels sont plus que jamais d’actualité. Continuons à les défendre avec les mêmes convictions. Sans compromission comme toujours. Pour le Mali. Pour la mémoire de ceux qui nous ont quitté. Pour notre jeunesse. Tenons bon ! ». C’est un message qui émeut, plus de trente ans après le sacrifice des martyrs (1990-91) et d’autres qui ont jalonné la longue marche pour la démocratie. Ce rappel est plus que nécessaire aujourd’hui pour rappeler que la lutte doit continuer et que des aspirations de 1991 demeurent entières aujourd’hui. La transition en cours atteste de l’échec de la gouvernance politique de 1991 à nos jours.
La longue lutte démocratique, à visage découvert depuis la création le 18 Octobre 1990, du Comité national d’Initiative démocratique (CNID- Faso Danbé), suivie de celle de l’Alliance pour la démocratie au Mali, le 25 Octobre 1990 (précédée par la publication de la longue liste des signataires de la lettre ouverte de août 1990), la création de l’Association des Elèves et Etudiants du Mali (AEEM), le 27 Octobre 1990, a connu son épilogue, le 26 mars 1991 par la chute du pouvoir en place et l’instauration du multipartisme. On constate aujourd’hui, un arrière-goût d’inachevé, un grand chantier ouvert, où presque tout est à remodeler.
Les populations maliennes vont soutenir en 1990 la lutte de cette brochette d’associations, qui vont former une coordination en mars 1991. Cette unité d’action aura raison du pouvoir de Moussa Traoré, mais le régime de mal gouvernance et de népotisme demeure. Car les maux reprochés au régime de dictature, et qui empêchent l’épanouissement et le bien être humain, le développement économique, social et culturel, l’égal accès à la justice, à l’administration, ont toujours pignon sur rue.

Payés en monnaie de singe
Portée par les associations et organisations démocratiques, la lutte qui a conduit à la chute du Général Moussa Traoré, le 26 mars 1991, n’a pas tant profité au plus grand nombre, au peuple martyr du Mali, mais seulement à une classe de privilégiés, des oligarques qui ont trahi le sacrifice des masses populaires, la victoire du peuple malien. Trente années après, les Maliens énumèrent les mêmes maux demeurés incurables : une mauvaise répartition de la croissance quand il y en a, une population mal soignée, une éducation au rabais, des producteurs davantage appauvris, souvent spoliés à travers des redevances eaux exorbitantes.
Des unités industrielles inexistantes pour lancer la croissance à partir de la production cotonnière, de la gomme arabique, du bétail, des céréales, des fruits et légumes. Ce faisant, notre agriculture profite peu aux braves populations, mais par contre fait le bonheur des industriels étrangers, qui se font des milliards sur le dos de nos laborieuses populations. Pour autant de terres arables et d’eaux (fleuves, lacs, eaux souterraines) disponibles, l’agriculture, l’élevage et la pisciculture du Mali sont sous exploités, faute de gouvernants avertis et visionnaires aux affaires. La gouvernance économique en pâtit.
La gouvernance politique, par ailleurs caractérisée par une large tolérance accordée aux fraudeurs invétérés, qui peuvent se hisser à tous les postes nominatifs et électifs, y compris le perchoir (la deuxième personnalité de l’Etat) en toute impunité, jusqu’à ce qu’un groupe de militaires patriotes prennent ses responsabilités pour arrêter le paradoxe de la gouvernance politicienne au Mali. Qui aurait cru dans un Mali qui fit mars 1991, et qui chante encore la grandeur de ses dignes bâtisseurs ? Dans ce même Mali de démocratie pluraliste – de façade donc- le civisme est l’exception et les choses les mieux partagées sont : l’incivisme, la corruption, l’enrichissement illicite, rien qu’à voir les rapports du Bureau du Vérificateur (BVG), de l’Office central de Lutte contre l’Enrichissement illicite (OCLEI) et de la Cellule nationale de Traitement des Informations financières (CENTIF), ainsi que les dossiers devant le pôle économique, pour l’attester.
Nous devons tirer des leçons de ce cafouillage politique infligé au Mali par ses enfants qu’il a envoyés à l’école, soignés, avant de leur donner un emploi. C’est une évidence que tous les combattants pour la démocratie n’avaient pas souci que du Mali et de son peuple. Après le changement du 26 mars 1991, certains se sont mués en irréductibles oligarques, sans foi ni loi, profitant du vernis démocratique. Ils se sont agrippés au pouvoir, tel un butin, se sont partagé les postes, les terrains, les ressources du pays, en impliquant des convives étrangers pour aider à dépecer, à emporter et receler. Ces derniers aideront toujours à maintenir un système de démocratie de façade, pour donner bonne conscience, et que puisse continuer le brigandage politique et économique. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés piégés et l’Etat malien précipité dans le gouffre de l’impasse, le prix de la mal gouvernance. Cependant la lutte continue, car des combattants, il y en aura toujours (souvent combattus et marginalisés) pour porter les aspirations profondes du peuple malien. Ils feront le Mali.
B. Daou

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