Au cours de la conférence de presse du M5 RFP, Me Mountaga Tall, responsable du M5 RFP, qui en était le conférencier, a évoqué les préoccupations majeures des Maliens, à savoir, la saisine du conseil de sécurité des Nations-Unies par le Mali, d’une plainte contre la France, le dossier des mercenaires ivoiriens en détention au Mali et le sommet de la CEDEAO à New-York aux Etats-Unis d’Amérique. Pour Me Mountaga Tall, le Mali peut d’ores-et-déjà savourer une victoire morale, parce que les peuples africains en soutien au peuple malien se sont déjà appropriés la question. Mais le Mali peut aussi savourer une victoire politique avec les dénonciations des entraves et des malices de toute nature pour éviter tout débat public sur les preuves fournies.
« Le Mali a saisi depuis le 15 aout 2022, le Conseil de sécurité de l’ONU d’une plainte contre la France portant sur des actes graves, qui sont de nature à porter atteinte à la paix et à la sécurité internationale », a indiqué Me Mountaga Tall, au cours de cette conférence de presse à la maison de la presse, le 20 septembre 2022. Il précise ces « actes graves », qui sont : « violations répétitives et fréquentes de l’espace aérien malien par les forces françaises qui y font voler des drones, des hélicoptères militaires et des avions de chasse sans autorisation des autorités maliennes ; des cas de falsification des documents de vol ; d’atterrissages d’hélicoptères dans des localités hors aérodrome ; d’extinction de transpondeur pour passer inaperçu ».

Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU

Ces graves accusations ne sont pas que théoriques, selon le conférencier. Elles ont été toutes documentées et un tableau listant les incidents aériens depuis l’annonce du retrait de Barkhane a été remis au Conseil de sécurité, dit-il .
« Le gouvernement du Mali dispose de plusieurs éléments de preuve que ces violations flagrantes de l’espace aérien malien ont servi à la France pour collecter des renseignements au profit des groupes terroristes opérant dans le sahel et pour leur larguer des armes et des munitions », indique Me Mountaga Tall, citant un document officiel. Il a par ailleurs précisé, que depuis la saisine officielle du conseil de sécurité, la plainte du Mali n’a connu aucune évolution significative.
Selon Me Mountaga Tall, face à de telles accusations, qui constituent au sens du droit international public une agression contre le Mali, le Conseil de sécurité ne peut et ne doit pas accepter que des entraves soient posées à l’examen des faits aussi graves que circonstanciés et prouvés. « Il est important que l’organe des Nations-Unies en charge de la préservation de la paix connaisse des accusations formulées et ouvre un débat à leur sujet », a expliqué le conférencier.
Par conséquent, le M5 RFP demande que la plainte du Mali contre la France soit inscrite sans délai à l’ordre du jour de la plus prochaine séance du Conseil de sécurité. « Le traitement impartial ou non de ce dossier engage la crédibilité de l’Organisation des Nations-Unies, qui ne doit pas faire de traitement différencié entre les grandes puissances et les autres Etats membres ou à fortiori protéger un Etat agresseur», soutient ce responsable du M5 RFP. C’est aussi l’honneur de la France que d’accepter un débat qui devrait l’amener, soit à se disculper, soit à demander pardon au peuple malien, poursuit-il.
Pour Me Mountaga Tall, le Mali certes peut d’ores-et-déjà savourer une victoire morale, parce que les peuples africains en soutien au peuple malien se sont déjà appropriés la question. Mais le Mali peut aussi savourer une victoire politique avec les dénonciations des entraves et des malices de toute nature pour éviter tout débat public sur les preuves fournies. De toutes les façons, ce débat est déjà en cours partout au monde, sauf au sein du conseil de sécurité des Nations-Unies.

Or le M5 RFP et le peuple malien ne demandent qu’une seule chose simple et évidente : la vérité, rien que la vérité, mais toute la vérité, poursuit-il. Cette vérité qui aujourd’hui fait peur et empêche de dormir. N’est-il pas indicatif à ce sujet, que l’interview accordée par le Secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres lui-même à des media publics français, ait fait l’impasse sur cette saisine pourtant actuelle et importante, s’interroge Me Mountaga Tall ?
La fuite en avant de la CEDEAO
Mais qui pourrait bâillonner le Mali et l’empêcher de parler lors de son intervention à l’Assemblée générale des Nations-Unies qui s’ouvre aujourd’hui ? Le Mali parlera, le Mali prouvera et le monde saura, selon Me Tall. « La CEDEAO officiellement saisie par le Mali, qui devrait se faire le devoir de porter et de soutenir ce dossier, observe malheureusement un silence assourdissant, alors qu’à l’inverse, elle envisage de tenir un sommet à New York sur le dossier des 46 mercenaires ivoiriens détenus au Mali », souligne le conférencier. La perspective d’un tel sommet en dehors de la zone communautaire, sur une terre étrangère est à la fois injustifiable, incompréhensible et humiliant pour les peuples de la CEDEAO, ajoute -t-il. Selon lui, personne n’aurait rien à objecter à des consultations formelles ou informelles en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, mais y tenir un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO détruirait le reste du peu d’estime que le peuple porte encore à la CEDEAO. Le M5 RFP pour l’honneur de l’Afrique de l’Ouest invite la CEDEAO à ne pas insulter ses ressortissants et à se ressaisir, indique le responsable du M5 RFP.
Pour le Mali, cette affaire désormais claire, selon Me Tall, repose sur quatre points principaux :
Premièrement, les Ivoiriens arrêtés au Mali en tenue militaire suivis par un avion rempli d’armes sont des mercenaires et en aucun cas des éléments de la Minusma, qui d’ailleurs ne leur reconnait pas cette qualité;
Deuxièmement, le dossier par conséquent et dans le respect des lois et règlements, des libertés et des droits de la défense a été transmis à la justice, qui en connait depuis et qui a décidé de libérer les trois femmes impliquées ;
Troisièmement, la Côte d’Ivoire a déjà reconnu sa faute et ses torts à Lomé, en acceptant « des manquements et des incompréhensions », tout en s’engageant à « respecter les procédures des Nations-Unies, ainsi que les nouvelles dispositions maliennes édictées, relatives au déploiement des forces militaires au Mali »

Le représentant du Mali, le Colonel Abdoulaye Maïga s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations-Unies sur la plainte du Mali contre la France et sur le dossier des « mercenaires ivoiriens » détenus au Mali

Quatrièmement, enfin, en dehors de la justice, le cadre unique, exclusif de règlement politique de ce dossier reste la médiation de la République togolaise acceptée aussi bien par le Mali que par la Côte d’Ivoire. Selon Me Mountaga Tall, il est enfin inimaginable que la CEDEAO maintienne le Mali suspendu de ses instances et organise le procès du même Mali en son absence et en violation flagrante de toutes les règles d’équité et de justice. Cette instrumentalisation de la CEDEAO autorise donc légitimement le Mali « à n’être nullement concerné par la procédure devant la CEDEAO. Le dossier des mercenaires ivoiriens arrêtés au Mali ne peut être que bilatéral entre le Mali et la Côte d’Ivoire et la CEDEAO n’a rien à y voir, n’a rien à y faire », selon le conférencier. Pour Me Mountaga Tall, le temps est venu pour un règlement définitif de ce dossier dans l’intérêt de tous, de sortir des dénis, des ultimatums, des déclarations va-t-en-guerre et des postures guerrières. Selon lui, il ne reste plus aux autorités ivoiriennes qu’à faire amende honorable dans le cadre de la médiation togolaise, en se souvenant et avec le Mali que les peuples maliens et ivoiriens sont des frères unis par des liens variés et multiséculaires.
Lavisahel.com

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