Culture - Politique - Société - 5 juillet 2022

Pr Drissa Diakité accompagné à sa dernière demeure/ Le monde de l’Éducation et de la culture inconsolable

Pr Drissa Diakité décédé à l’âge de 70 ans, le 1er juillet a été accompagné à sa dernière demeure le lundi 4 juillet, en présence de sa famille, parents compagnons de lutte, professeurs chercheur, étudiants et classe politique au complet. Tous reconnaissent en lui, un acteur qui aura apporté sa grosse pierre dans la construction du Mali, un esprit brillant dont la disparition est une perte immense pour sa famille biologique, sa famille politique, le Parena et pour le Mali. « Il a été un acteur majeur de la Révolution de Mars dont il a été parmi les concepteurs, les organisateurs et les acteurs sur les barricades », a temoigné Djiguiba Kéita dit PPR, Secrétaire général du Parena. Historien, Professeur d’enseignement supérieur à la retraite, Drissa DIAKITE a servi notre système d’enseignement en qualité d’enseignant à l’EnSup, de Doyen de la faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines de l’Université de Bamako (FLASH) et de Conseiller Technique auprès des ministres en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Son engagement et ses travaux remarquables sur l’histoire de notre pays ainsi que ses ouvrages lui ont valu une renommée internationale et d’être élevé au rang d’Officier de l’Ordre national du Mali et inspirent plusieurs générations de chercheurs.

Enseignant, Chercheur, Historien, Écrivain, homme politique et homme de culture, l’excellence de son travail lui a valu plusieurs prix prestigieux: Prix Mansa Makan Diabaté pour son livre « Kuyaté, la force du serment » (l’harmattan, 2009); prix Moussa Sow pour le Mansaya et société Mandingue (la Sahélienne, 2021). Drissa Diakité, président d’honneur du PARENA, est l’auteur-compositeur de l’hymne du CNID-FYT et du PARENA. « La mort du Pr Drissa Diakité est une immense perte pour notre pays, son élite intellectuelle, son enseignement supérieur », c’est la phrase qui était sur toutes les lèvres, depuis l’annonce de « la mauvaise et inéluctable nouvelle du décès du Pr Drissa Diakité », ce 1er juillet. « Passionné de l’histoire du Mandé, de ses mythes et de ses héros, le Pr Drissa Diakité était de ceux qui ont compris la valeur stratégique de l’histoire comme discipline ancrée aussi bien dans les concepts fondateurs d’une société que dans sa place concrète au niveau du rapport des forces contemporaines », selon Bakary Camara, journaliste chercheur.
Ainsi l’auteur de l’ouvrage « Kuyaté, la force du serment » qui présente sans doute la tradition orale la plus controversée de toutes les épopées tirées de cette longue et grande fresque historique du Manden au XIIIe siècle, s’en est allé. Le Pr Drissa Diakité éminent historien a réussi à édifier sa propre « tour d’immortalité », par une vie exemplaire de chercheur émérite et une productivité intellectuelle toujours féconde et utile, témoigne le journaliste chercheur. Pr Drissa Diakité aura toujours refusé, pour tous ceux qui l’ont connu, la compromission, l’opportunisme, les rentes de situation et avait surtout comme seule obsession de redonner au Mali sa dignité, la foi en elle-même à travers sa propre culture, ce socle indiscutable de tout développement économique et social, témoigne Bakary Camara. La valorisation de notre patrimoine culturel, historique a été du coup son principal combat et son engagement sans failles sur tous les fronts de la lutte sociale et démocratique. Un engagement de tous les instants et qui ne relevait pas d’un simple fantasme à satisfaire les élans du cœur. Il était sérieux, sincère dans ces combats. Après le big bang démocratique de Mars 91, il a d’abord milité au CNID FYT avant de poser ses valises au PARENA qu’il créa avec ses camarades de lutte patriotique et démocratique. « Comme son cher ainé, le Pr Gaoussou Diawara, il a aussi brillamment rempli son contrat et accompli très noblement ses devoirs à l’égard de sa chère patrie. Son message d’espoir, de paix, d’humanisme devra désormais rester entre nos mains, comme une redoutable charge, un lourd fardeau. Son message culturel, littéraire et philosophique doit interpeller la jeunesse malienne et l’amener à relever de nouveaux défis, pour dépasser la médiocrité et accéder à l’excellence », indique Bakary Camara.
Immense trésor de savoir et d’intelligence
Les chercheurs maliens, les universitaires, les journalistes, tous restent inconsolable. La disparition du Pr Drissa Diakité est une grande perte pour notre pays, le Mali, une grande perte pour la science. Une personne honnête, qui n’a peur de personne pour défendre ses convictions, un grand historien, un grand connaisseur du système éducatif Malien, un grand défenseur de l’équité, témoigne Fad Seydou, universitaire et intellectuel malien. Notre pays vient de perdre un immense trésor de savoir et d’intelligence. Un grand dirigeant, un intellectuel organique qui a fait corps avec notre peuple dans sa lutte contre la dictature, témoigne Nouhoum Keita, journaliste. Tu nous quittes au moment où notre pays s’interroge sur son devenir, déplore t-il. Le Mali a perdu un grand homme, digne, honnête, travailleur, sérieux, courtois, sincère, humble, discipliné, dévoué dans ce qu’il fait, ajoute Mamadou Dabo, journaliste.
Grand intellectuel, Drissa Diakité du CNID et du Parena était aussi « un homme discret, modeste et humble qui était, au centre de plusieurs combats féroces menés au nom du Mali. Je suis convaincu que beaucoup de cadres connaissent ses œuvres mais peu d’entre eux le distinguent physiquement même si ces dernières années, ses efforts et élans de production intellectuelle, ont été malheureusement ralentis à la désolation de tous par une santé précaire », témoigne Yoro Diallo, journaliste. Communément appelé « Wa kamissoko » par ses « promos’’ à l’image de la profondeur de sa maîtrise de l’histoire du Mali, Drissa Diakité avait toutes les qualités du chercheur et de l’intellectuel « tout court», poursuit Yoro Diallo. Ses analyses sous sa voix basse et pondérée étaient, à chaque intervention, d’une pertinence assez rare. Tout comme feu Djosseli Koné et autres, le Mali, à travers le décès de Drissa Diakité, perd une partie de notre fierté culturelle, affirme le journaliste.
Un Résistant authentique
En Drissa, le Mali perd l’un de ses meilleurs hommes politiques qui a fait preuve d’une incroyable constance à son serment (en référence à son meilleur livre Kuyaté La force du serment), de servir le Mali avec dignité, honneur et intégrité, contre vents et marées, dans une ambiance folle de « tagnini » de nos élites dirigeantes qui est entrain de dévasté notre pays depuis des décennies, témoigne Konimba Sidibé, ancien ministre. Drissa a su résister jusqu’au bout, il a été un Résistant authentique, un patriote engagé au service du peuple malien qui a consacré sa vie à la lutte pour un Mali démocratique, solidaire et de justice sociale. Dans ce cadre, il a été l’un de nos maîtres émérites en participant à l’éveil des consciences politiques, en mobilisant et encadrant de nombreux jeunes maliens pour l’avènement de la démocratie et la bataille pour la construction de notre idéal de Mali. Maître émérite, il l’a été aussi dans ce domaine par l’exemple. En Drissa Diakité, le Mali perd l’un de ses meilleurs historiens, un professeur émérite d’histoire qui a transmis son savoir à des milliers d’étudiants sur plusieurs décennies et qui a fortement contribué à la réécriture de l’histoire du Mali dans la perspective d’une plus grande appropriation nationale à travers une meilleure prise en compte de nos sources orales (les diverses écoles traditionalistes du Mandé dont il a fréquenté tous les vestibules dans sa quête effrénée de la vérité sur notre histoire pendant plus de vingt ans). En Drissa Diakité, le Mali perd l’un de ses meilleurs penseurs de notre système éducatif qui a mis sa science au service de nombreux ministres de l’enseignement supérieur même quand son parti était dans l’opposition (aucun de ces ministres ne voulait se séparer de lui compte tenu de ce qu’il leur apportait sans considérations partisanes), poursuit Konimba Sidibé. Aujourd’hui, nous sommes orphelins de l’un des meilleurs parmi les meilleurs fils de notre pays, d’un grand patriote qui a, toute sa vie durant, servi le Mali avec engagement, dévouement et abnégation. A toi Badri, comme à l’un de tes illustres devanciers, nous faisons ce serment : « dans la dignité, nous suivrons ta voie, nous voulons ta foi ». Nous porterons haut le flambeau de la construction de notre idéal commun de Mali, jusqu’au bout, comme toi. Tu resteras un repère pour nous, à jamais, a promis Konimba Sidibé. Que ton exemple nous inspire et nous guide. Je m’incline très respectueusement devant ta mémoire cher Maître BADRI, conclut-il.
Belle âme par l’amour de son peuple
« Drissa Diakité était un homme engagé, courageux, disponible, qui aimait profondément son pays! C’était un cadre compétent, dévoué, plein d’idées et d’initiatives, intègre, rigoureux, tenace. C’est à ces qualités que nous devons Kabala qu’il a porté comme son bébé; il en a porté le dossier jusqu’au bout de son exécution, jusqu’au bout de ses forces! Je suis sûr que s’il emporte une joie au paradis c’est d’avoir vu réalisé cet immense projet pour l’enseignement supérieur! », déclare le Pr Moustapha Dicko, ancien ministre de l’Enseignement supérieur. Je connais moins le professeur mais l’écrivain était d’un immense talent, possédant profondément la culture mandingue et l’ayant rendue accessible à des millions de lecteurs par sa plume capable de faire d’une langue une autre langue avec une rare maîtrise, avec la maîtrise des plus grands maîtres! Avec moi, ministre par le hasard de l’histoire et par son inimitable ouverture d’esprit, de loin son cadet, il s’est mis à ma disposition sans aucune réserve et fut de ceux qui, au départ, m’ont permis d’avancer sans vaciller, témoigne Moustapha Dicko. Dieu sait que son courage et son expérience m’ont été d’une immense utilité! Je ne l’ai jamais oublié et j’ai toujours voulu l’impliquer dans la réflexion et dans l’action chaque fois que l’honneur m’a été fait de diriger le département en charge de l’enseignement supérieur! Que cette belle âme par l’amour de son peuple repose en paix et que la terre malienne qu’il a tant aimée lui soit légère! Dors en paix, Badri!
B. Daou

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