Le gouvernement malien a déclaré son intention de quitter le G5 Sahel, si la discrimination manifestée contre lui n’était pas réparée. Certes, la confiscation par N’djamena de la présidence tournante de l’organisation, revenant de droit au Mali, depuis février dernier, est un facteur déclenchant, mais elle n’est pas le seul. Au-delà du refus d’investir le président de la transition malienne Assimi Goïta, bien des entorses antérieures ont compté pour que le vase se déborde, comme la suspension par l’organisation depuis un certain temps du soutien additionnel aux forces conjointes du G5 Sahel basées au Mali. Le Mali met également dans la balance, les lettres adressées par le président malien Assimi Goïta à son homologue du Tchad Mahamat Idriss Deby, sans avoir en retour les suites souhaitées. Cette situation qui ne manque pas de susciter des questionnements met le Mali devant ses responsabilités historiques. On peut raisonnablement croire que le président Mahamat Idriss Deby du Tchad n’a aucun intérêt à confisquer une présidence tournante entre les Etats membres du G5 Sahel : le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. On peut également chercher les raisons de ce blocage dans le peu d’indépendance de ces chefs d’Etat africains, de la France dont la main n’est pas invisible derrière les organisations africaines, comme la CEDEAO, l’UEMOA et le G5 Sahel en particulier, qui reçoivent des soutiens conditionnés. Selon un article de lemonde.fr du 17 mai 2022 sur le G5 Sahel : « Le Mali enterre le G5 Sahel », « Il fut pendant un temps le grand projet de Paris au Sahel, l’instrument par lequel la France pensait réduire massivement le nombre de ses soldats sur le terrain, centraliser les aides internationales et offrir aux armées locales les conditions pour opérer plus efficacement entre elles. Sans surprise, les autorités maliennes, engagées dans un processus de rupture méthodique avec la France, ont annoncé, dimanche 15 mai dans la soirée, « se retirer de tous les organes et instances du G5 Sahel, y compris la force conjointe ».
La France d’Emmanuel Macron qui nourrit une inimitié viscérale contre le pouvoir de transition du Mali, désigné par le vocable blâmant de « junte », serait sans gêne de jouer sur les leviers sous les doigts pour davantage isoler et étouffer le pays d’Assimi Goïta, jusqu’à ce que le soulèvement populaire souhaité contre le pouvoir de transition et qui est le but de l’embargo, s’en suive. Le président Emmanuel Macron semble être intraitable contre le pouvoir de transition au Mali, comme s’il n’était pas connu de tous, que le régime renversé par les militaires, après plusieurs semaines de légitimes manifestations de rue des civils, et de paralysie de toutes les activités, n’était pas un exemple de démocratie (élections frauduleuses, mécanisme institutionnel, cour constitutionnel non opérant, confiscation de la volonté populaire). En outre, sans risque de se tromper, le nœud gordien réside dans la coopération Mali-Russie, que la France n’entend pas admettre. C’est ne pas admettre également l’indépendance du Mali.
Ainsi, la situation au G5 Sahel conduit directement à la guerre de positionnement géostratégique au Mali, entre le pays de Vladimir Poutine et les puissances occidentales. Ce qui veut dire que les questions de légitimité des autorités de transition, évoquées par le président Macron I et ses déjà anciens ministres des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian et de la Défense Florence Parly, ne sont que paravents et fuite en avant. Sinon comment comprendre le soutien de la France d’Emmanuel Macron au président de la transition au Tchad, Mahamat Idriss Deby, qui succède comme dans une monarchie à son père dont les circonstances de la mort ne sont d’ailleurs pas encore élucidées. La légitimité pourrait être à géométrie variable, selon que l’on coopère avec la Russie ou pas. Sinon Assimi I était légitime, jusqu’au moment où Assimi II est arrivé pour tendre la main à la Russie, parce qu’il ne comprenait pas que son pays prit feu de tous les côtés. Il sera ainsi difficile au président Mahamat Deby de sauver les apparences et le G5 Sahel, que certains de ses membres ont déjà enterré. La seule boussole restera de toutes les manières, la façon dont Paris verra le machin. Puisqu’on est en politique, Macron II pourrait-il dire « j’ai été mal informé de la situation réelle au Mali, induit en erreur », parlant de Parly et désignant Le Drian comme étant les coupables de la brouille entre Paris et Bamako (raison de leur limogeage). Paris pourrait-il ainsi revenir comme un grand, discuter avec le Mali l’espace perdu, dans une coopération (gagnant-gagnant) décomplexée de toute considération néo-colonialiste, ou laissera-t-il la Russie évoluer comme un poisson dans l’eau ? La façon dont la crise du G5 Sahel sera gérée sera assez indicative de l’évolution de la position française au Mali, à l’ère Macron II.

La façon dont la crise du G5 Sahel sera gérée sera assez indicative de l’évolution de la position française au Mali, à l’ère Macron II

« Les Maliens disent d’une certaine manière la vérité. Le Niger et la France ont sûrement tout fait pour qu’ils n’aient pas la présidence du G5 Sahel, estime un observateur étranger en poste au Mali. Ils peuvent aussi se plaindre de ne pas être traités comme les autres putschistes, alors que deux autres pays du G5 Sahel [le Burkina Faso et le Tchad, qui préside actuellement l’organisation] sont dirigés par des juntes. Cependant, Bamako travaille ici sans ambiguïté à son isolement. », écrit lemonde.fr du 17 mai 2022.
Si le G5 perdait le Mali
Le G5 Sahel qui répond à un objectif de mutualisation des forces de ses cinq Etats membres (le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad) pour combattre l’ennemi commun, le terrorisme, gagnerait à préserver l’unité en son sein en respectant ses propres règles. Les récits faits de la crise par les autorités maliennes, indiquent que le pays du Colonel Assimi Goïta est discriminé et brimé pour des raisons que l’on sait. La réaction malienne face à cette situation a été d’attirer l’attention des autres sur l’irrégularité. Comme rien n’est fait pour un climat d’entente, le Mali, dans sa logique, a menacé de se retirer de l’organisation si sa voix n’est pas entendue. Le président Assimi Goïta dont c’est le tour de la présidence tournante aurait écrit plus d’une fois au président sortant Deby fils du Tchad, qui n’a pas donné une suite favorable, donnant l’impression de deux poids deux mesures dans l’organisation. Espérons que face à la menace malienne de quitter toutes les instances du G5 Sahel, les autres pays membres vont se ressaisir et retrouver la sérénité au sein du G5 Sahel. Sous réserve de confirmer cette information, un sommet Du G5 Sahel aura lieu très prochainement à Bamako, pour remettre les pendules à l’heure de Macron II, et de l’après Le Drian, qui a été un piètre diplomate intéressé. Malgré tout, si la menace malienne de se retirer est entérinée par l’organisation, cela veut dire que le G5 Sahel devra compter sans le Mali. Ce qui serait une belle équation devant le président sortant Mahamat Idriss Deby. Mais le Mali qui n’entend pas se faire conter l’histoire du Sahel, choisira la voie de la coopération bilatérale. C’est l’option qui restera aux autorités de la transition malienne, plutôt que de maintenir le pays, dans une organisation où la souveraineté, qui est une règle d’or des Etats serait piétinée.
Impact sur la situation sécuritaire du Mali
La force conjointe du G5 Sahel sur le sol malien, c’est un Poste de commandement (PC) opérationnel basé à Bamako au niveau de la zone aéroportuaire ; un dispositif opérationnel, le long de la frontière mauritanienne, à Nampala (cercle Niono) et Goma Coura (Niono, région de Ségou), puis un autre dispositif le long de la frontière avec le Burkina Faso, mais aussi dans la zone des trois frontières, à Tessit (Ansongo Gao) et à Boulkessi (région Mopti).
Selon les explications du chef d’Etat major général des armées du Mali, le General de Division Oumar Diarra, ce retrait bouleversera l’esprit qui a prévalu à la création du G5 Sahel, c’est-à-dire la mutualisation des forces, pour combattre le terrorisme. Mais globalement, explique-t-il, les impacts sont faibles sur le dispositif opérationnel, étant donné que les forces concernées sont des forces maliennes, qui retombent sous le commandement malien. En outre, « le soutien logistique était assuré à 98 % par le gouvernement malien (alimentation, véhicule). Et le peu de soutien additionnel venant du G5 Sahel a été suspendu depuis un certain temps », explique sur le plateau de la télévision nationale, le General de Division Oumar Diarra. Ainsi, les autorités de la transition sont en train de prendre toutes les responsabilités qui sont les leurs pour restituer au Mali sa souveraineté, et aux Maliens leur dignité. Mais seront-elles comprises par les Maliens, au moment où le peuple malien est admiré par les peuples frères d’Afrique et du monde, pour sa résilience patriotique. Pour ce qui est du G5 Sahel, une chaîne qui manque d’un maillon peut difficilement tourner la roue. Les journalistes ne manqueront certainement pas de poser cette question aux présidents Deby fils et Emmanuel Macron II, à savoir quel est l’avenir du G5 Sahel sans le Mali ?
B. Daou

Le Républicain

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