« Les effets dévastateurs de l’iniquité entre les sexes, combinés de la pauvreté, de la discrimination et du manque d’opportunités affectent les femmes de multiples façons, depuis leur situation économique, jusqu’à leur bien-être, en passant par leurs aspirations à vivre dans de meilleures conditions », constate l’homme politique malien Cheick Boucadry Traoré, président la Convergence Africaine pour le Renouveau (CARE), dans une tribune reçu par laviesahel.com, à la l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars. L’homme politique dégage des propositions pour un meilleur emploi du « capital humain féminin », car « les femmes doivent être activement et plus efficacement engagées dans la vie économique, sociale et politique ». Lisez la tribune :

LA FEMME DE KURUKAN FUGA

La Convergence Africaine pour le Renouveau (CARE) travaille pour une transformation des rapports sociaux dans notre pays. En effet, nous œuvrons pour que les politiques de promotion de la parité deviennent une réalité. La réalisation de nos objectifs exige un changement de politique transformatif. Toutes nos stratégies et tous nos programmes de développement sont liés à la transformation des rapports sociaux. Conséquemment, ils seront toujours introduits dans tous les secteurs de la planification publique et à tous les stades de l’élaboration des politiques publiques.

Cheick Boucadry Traoré, président de la Convergence Africaine pour le Renouveau

La pauvreté touche la majorité des maliens. Cependant, les risques de précarité apparaissent plus nombreux pour les femmes que pour les hommes. La cause de la pauvreté féminine tient partiellement aux iniquités sociales et au manque d’opportunités auxquels les femmes sont confrontées du simple fait qu’elles sont de sexe différent. Les effets dévastateurs de l’iniquité entre les sexes, combinés de la pauvreté, de la discrimination et du manque d’opportunités affectent les femmes de multiples façons, depuis leur situation économique, jusqu’à leur bien-être, en passant par leurs aspirations à vivre dans de meilleures conditions. Le capital humain féminin reste toujours un énorme potentiel inexploité dans notre pays. Les femmes doivent être activement et plus efficacement engagées dans la vie économique, sociale et politique. Une extension du droit de propriété des femmes, une gouvernance économique intégrant le principe d’équité entre les sexes, et un meilleur accès aux investissements et aux opportunités commerciales constituent autant de moyens essentiels de promouvoir l’émancipation économique des femmes et par conséquent autant de facteurs favorables à l’accélération de la croissance et du développement ainsi qu’à la réduction de la pauvreté dans notre pays.

Nos objectifs seront obligatoires et nous les atteindrons

Développer des cadres législatifs clairs pour la protection des droits des femmes concernant les ressources liées à la terre (propriété), et informer les femmes de leur droit à cet égard de manière proactive. Aborder le problème des coutumes et pratiques culturelles profondément enracinées qui sous-tendent la discrimination et qui l’étendent aux niveaux de la communauté et du foyer, même lorsque des cadres légaux protégeant les droits des femmes sont déjà en place.

Mettre en place des systèmes de gestion des finances publiques intégrant l’équité entre les sexes et renforcer les initiatives budgétaires existantes qui intègrent cette notion. Tenir compte des procédures comptables parallèles afin de reconnaître, de valoriser et de rémunérer le travail des femmes, y compris sa valeur au sein de l’économie sociale.

Intégrer les composantes de l’équité des sexes dans la planification et la coordination des ministères responsables afin d’assurer l’affectation correcte des ressources. Intégrer des objectifs et des résultats spécifiques dans les Stratégies de réduction de la pauvreté (SRP), et fixer des affectations budgétaires pour la promotion de l’équité des sexes.

Un Meilleur Accès à l’Investissement et au Commerce. L’impact de l’investissement et du commerce sur les femmes est important non seulement parce que les femmes représentent plus de la moitié de la population, mais aussi parce que l’iniquité entre les sexes et les discriminations de fait peuvent influencer négativement l’issue des politiques d’investissement et des politiques commerciales.

Affecter des engagements de crédits soutenant les femmes entrepreneurs. Cibler le soutien aux femmes à la tête de micro entreprises afin de leur permettre de développer et de diversifier leur production. Accroître les capacités pour l’ajout de valeur, la diversification et la différentiation de produits, notamment dans la filière de la transformation agroalimentaire grâce à l’emploi de technologies adaptées ; améliorer la commercialisation grâce aux TIC.

Enfin, organiser une convention des femmes de toutes les couches du Mali pour sortir un programme d’application de notre projet de société.
La culture a toujours été le cœur de notre nation. Nous avons toujours su préserver notre souveraineté et notre identité à travers nos modes d’expression culturelles. Souvent, il devient nécessaire de faire référence à son histoire, à son passé, enfin, à sa culture. Aujourd’hui, plus que jamais, l’avènement de la charte de Kurukan Fuga doit nous servir de leçon pour l’élaboration de futures directives dans le domaine de nos programmes de transformation des rapports sociaux.
Chaque année, le 8 Mars, le monde entier célèbre la journée internationale de la femme. Elle a été officialisée par les Nations Unies en 1977 comme une journée de manifestation revendiquant non seulement l’égalité des droits et de meilleures conditions de travail; mais aussi, pour faire un bilan sur la situation des femmes dans nos sociétés.
Cependant, la promotion des droits des femmes dans le Mandé a commencé des siècles bien avant cette période. En effet, âpres leur victoire à Kirina en 1235, les leaders du Mandé ont initié la Charte de Kurukan-Fuga, qui fait notamment de la femme un être sacré. Ils ont ainsi récompensé celles qui ont grandement contribué à la victoire du Mandé sur un autre royaume. L’article n°14 de la charte stipule : ‘‘N’offensez jamais les femmes. Elles sont nos mères’’. Elles sont nos mères, elles ont droit au respect. Notre vénération pour la mère n’est pas une simple formule. Les Mandingues disent. ‘‘L’enfant vaut ce que vaut sa mère’’. L’énoncé n°16 est très explicite sur la place de la femme dans la gouvernance : ‘‘Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes, doivent être associées à tous nos gouvernements’’. Il faut savoir que dans le passé cette règle a été observée ; non seulement les femmes étaient représentées dans les grandes Assemblées, mais aussi bien souvent, elles se réunissaient à part et débattaient des questions importantes et faisaient toujours connaître leurs avis. Le Mandé a toujours connu de puissantes associations secrètes féminines – Niagba Muso – dont les avis étaient recueillis sur les questions importantes. Il faut noter qu’au-delà de la notion de l’équité des sexes, la charte interdit le mariage des filles non-pubères et rendit la dote moins importante.
Un autre élément de la sagesse de nos traditions se révèle à travers la maxime – La nuit porte conseil – qui signifie prendre le temps de consulter et demander conseil auprès de son épouse avant d’agir.
Nous saluons toutes les femmes à travers le monde et tous les hommes qui œuvrent pour une société de droit et de justice sociale. Nous appelons nos mères et sœurs africaines à célébrer l’émancipation de la femme africaine à Kurukan Fuga. Une émancipation qui a eu lieu des siècles avant la proclamation du 8 Mars comme journée de la femme. Nous devons continuer avec cette force d’esprit nécessaire au changement mise en avant par la charte de Kurukan Fuga qui n’avait comme but que d’élever la conscience juridique des femmes comme une dimension importante de développement. A cette fin, partageons ensemble la vision de la Convergence des Femmes pour le Renouveau (COFERE) ; à savoir, avoir un monde où les femmes jouissent de tous leurs droits humains.
L’émancipation économique des femmes est une condition essentielle de l’avènement d’un développement durable, entendu comme un développement répondant aux besoins des générations actuelles sans entraver la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.
En supprimant les obstacles qui empêchent les femmes d’accéder aux mêmes opportunités économiques que les hommes, les politiques de genre ou de parité permettent d’améliorer les performances économiques et les résultats obtenus en termes de développement.
CHEICK BOUCADRY TRAORE

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