MÉMORANDUM DU PARENA: Se parler, se donner la main, renouer avec nos voisins

« tootigi too fo !
Nin tootigi ye too fo, toodunnaw bè nadingenfara ! »
.

Ce propos de Masama Baalo, un paysan de Kirango- Marakala, vient à la mémoire, en cette période particulièrement difficile de notre histoire nationale.
C’est une invitation à la retenue, à la sérénité, au calme. C’est une invitation à éviter la fuite en avant et à rassembler les forces vives pour sortir le pays de la crise dans laquelle il s’enfonce.
I- Introduction
1- le 1er novembre 2021, la direction du PARENA a publié un mémorandum consacré à la crise sécuritaire et institutionnelle que le pays traverse. Intitulé «Comment sortir de l’impasse, Comment préserver l’État ?», ce document, de quatre pages, recommandait aux autorités de la transition de renoncer à la tenue des assises dites de la refondation, de rassembler les filles et les fils du Mali autour de leur pays, de ses forces de défense et de sécurité en vue de relever les défis existentiels auxquels la Nation entière est confrontée;
2- ce mémorandum se terminait par un appel: « au regard de la vocation africaine du Mali et de son rôle historique dans le processus d’intégration du continent, le PARENA exhorte le Président de Transition à renforcer les relations du pays avec la CEDEAO et à éviter tout bras de fer avec nos voisins et nos partenaires»;
3- malheureusement, les recommandations faites par le PARENA n’ont pas été entendues;
4- tenues dans des conditions contestables, les assises de la « refondation » ont débouché sur des résolutions qui ont aggravé l’isolement du pays;
5- pays carrefour par sa géographie, situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, terre de rencontres, ayant tout au long de sa longue histoire, tissé des relations multiformes fécondes avec ses voisins, le Mali ne saurait devenir un pays isolé. Il est urgent de sortir de la situation actuelle;
6- en ce début d’année 2022, la situation au Mali est caractérisée par:

  • l’impasse du processus de restauration de la légalité constitutionnelle, laquelle impasse a entraîné des sanctions de la communauté sous-régionale;
  • les effets desdites sanctions, notamment l’augmentation inexorable des prix des produits de première nécessité et des difficultés économiques et financières que notre économie et notre peuple ne peuvent supporter;
  • les attaques répétées contre les libertés démocratiques (détention de Issa Kaou Ndjim, Oumar Mariko et Etienne Fakaba Sissoko),
  • un climat politique marqué par l’intolérance et le sectarisme ainsi que par le retour d’une arrogance d’État que les Maliens croyaient révolue à jamais, une arrogance d’État digne du temps du parti unique et de la dictature;
    7- la situation est aussi caractérisée par la dégradation de nos relations extérieures et l’isolement diplomatique croissant de notre pays.
    II- Une architecture institutionnelle transitoire plus inclusive
    8- à la suite des concertations nationales de septembre 2020, la Charte de la transition et la CEDEAO avaient fixé la durée de la période intérimaire à 18 mois à partir du 15 septembre 2020. Cette échéance arrive à terme le 15 mars 2022.
    Le gouvernement Bah Ndaw-Moctar Ouane avait élaboré un chronogramme électoral fixant le 1er tour de la présidentielle au 27 février 2022. Le gouvernement Assimi Goïta-Choguel Maïga a endossé ce calendrier électoral avant de s’en écarter progressivement.
    9- pour plusieurs acteurs politiques, la transition actuelle prendra fin à la
    date initialement prévue pour le 1er tour de la présidentielle. Pour ceux-ci, l’architecture actuelle de la transition doit, en conséquence, être revue.
    Pour nous, la feuille de route déclinée ci-dessous est compatible et réalisable sans refonte de l’architecture actuelle de la transition;
    10- il suffira de rendre cette architecture plus inclusive pour conforter et
    rendre irréversible la volonté politique de conduire la transition à bonne
    fin dans la stabilité, sans nouveaux soubresauts ni chaos.
    III- Nos propositions de sortie de crise
    11- réaffirmer, sans ambiguïté, la volonté politique de:
  • restaurer l’ordre constitutionnel à travers un calendrier consensuel;
  • dessiner une nouvelle Feuille de route en concertation avec les partis politiques, les sociétés civiles et les mouvements du Nord.
    12- renouer le dialogue avec la CEDEAO en vue:
  • de la levée des sanctions;
  • de la restauration de l’ordre républicain et de la sauvegarde de la démocratie qui relèvent, toutefois et avant tout, de la responsabilité des Maliens;
    13- lancer un audit approfondi du fichier électoral;
    14- commencer le processus électoral au lendemain de la prochaine saison des pluies et après les récoltes (à partir de novembre 2022);
    15- prévoir l’entrée en fonction des nouvelles institutions avant la fin du mois de décembre 2022;
    16- faire organiser les élections par le ministère chargé de l’Administration territoriale;
    17- donner à la commission électorale (composée paritairement) les
    prérogatives de contrôle et de supervision des opérations électorales;
    18- tenir les législatives et le 1er tour de la présidentielle le même jour;
    19- adopter le mode de scrutin proportionnel pour l’élection des députés;
    20- faire des régions existantes (20) les circonscriptions électorales pour l’élection des députés;
    21- adopter une nouvelle loi électorale, relire la loi organique sur les députés et la charte des partis;
    22- instaurer le principe de la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote.
    IV- Conclusion
    Outre la crise sécuritaire, le Mali traverse une crise institutionnelle et politique. Se parler, se donner la main pour sauver le pays est la priorité des priorités. Un pays confronté à tant de défis (sécuritaire, institutionnel, politique, économique et financier) prépare mal son présent et son avenir, en restant divisé. Toutes les forces vives du pays (les sociétés civiles, les partis politiques, les mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale) doivent convenir d’une Feuille de route de sortie de crise.
    «Tootigi too fo,
    Nin tootigi ye too fo….
    Toodunnaw bè nadigenfara »!

    Adopté par le Comité Directeur du PARENA, le 31-01- 22.

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