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IL ÉTAIT UNE FOIS MAROC, ALGÉRIE, AFRIQUE, FRANCE/ Quand Feu le Roi Mohammed V considérait l’Indépendance du Maroc (1956) incomplète sans l’Indépendance de l’Algérie (1962)

Le Royaume du Maroc célèbre ce 18 Novembre 2021 le 66ème anniversaire de son Indépendance après 44 ans de protectorat français. À cette occasion, la nation Marocaine ainsi que les frères et amis rendent un hommage déférent et soutenu à Feu le Roi Mohammed V, le héros incontestable de cette épopée historique.
L’évocation du Roi Mohammed V renvoie à la bataille de l’Indépendance menée non seulement au Maroc mais aussi dans d’autres pays africains, en particulier l’Algérie voisine.

Une fois indépendant en 1956, le Maroc s’est résolument engagé en faveur des peuples épris de paix, aspirant à l’Indépendance et au recouvrement de leurs souverainetés spoliées.
À cet égard, l’action du Feu le Roi Mohammed V, le Combattant et le Libérateur du Maroc illustre à bien des égards le modèle de Souverain qui a bien su joindre les actes à la parole en apportant une aide inconditionnelle aux mouvements africains de libération, de l’Algérie jusqu’en Afrique du Sud.

Le Maroc, pour autant, n’a à aucun moment feint d’ignorer les conflits potentiels que la colonisation française allait engendrer au niveau des frontières avec l’Algérie. La France ne considérait-elle ce pays nord-africain comme territoire français et parlait des frontières algériennes de la France. Ce qui a été de nature à étendre le territoire algérien dans toutes les directions.

La doctrine du Maroc indépendant six ans avant l’Algérie se résume en ce sacerdoce : il ne peut y avoir d’apaisement réel en Afrique du Nord tant que l’Algérie n’accède pas à l’indépendance. Dans ce contexte, l’indépendance du Maroc est considérée comme étant incomplète tant que l’Algérie reste occupée.
Aussi, une solidarité plus ou moins discrète, mais dans tous les cas gênante pour la France, se fait jour, et se traduit par des aides diverses à la révolution algérienne.

Quoi de plus naturel du fait de la proximité géographique des deux pays, quoi de plus attendu du fait des liens ethniques et religieux, quoi de plus normal pour un pays qui, devenu indépendant plutôt au prix d’énormes sacrifices, manifeste sa solidarité agissante.
Certains historiens de cette période cruciale estiment que la position du Maroc à l’égard de l’Algérie rendit alors caduc l’accord diplomatique de Rabat (du 28 mai 1956) qui, dans le cadre de la coopération franco-marocaine, stipule, entre autres, que « les deux pays ne doivent pas adhérer à une politique incompatible avec les intérêts de l’autre ».
Cette position n’a pas manqué d’affecter les relations Rabat-Paris, car la défense des revendications algériennes par le Maroc va inéluctablement rendre impossible la mise en place d’une coopération exemplaire voulue par les deux parties au lendemain de l’indépendance.


En effet, le Maroc a épaulé sur les premières lignes du front le combat mené par son voisin de l’Est pour sa libération de l’emprise coloniale. Il a constitué aussi, à la fois, une zone de repli et une base de départ pour la lutte algérienne contre la colonisation, comme en témoigne la région frontalière également utilisée comme zone d’attaque et donc base de départ du combat des fellaghas qui comportait une double organisation, civile et militaire.

« Chaque fois que nous pouvions passer des armes en douce, on le faisait… Les Français n’ignoraient pas… »

Les mêmes historiens décrivent un dispositif bien implanté particulièrement dans la province d’Oujda où le FLN s’est vu disposé par le Maroc de ses propres tribunaux, de ses services de police, d’état-civil, de trésorerie et même d’allocations familiales en plus de l’organisation civile chargée de développer la propagande et l’action politique.
À ce propos, Feu Sa Majesté Hassan II avait affirmé dans ses mémoires publiées en 1993 que « Chaque fois que nous pouvions passer des armes en douce, on le faisait… Les Français n’ignoraient pas qu’une assistance importante venait de toute la région d’Oujda, jusqu’à Figuig ».

Le soutien marocain a aussi concerné les importations de matériels de guerre par voie maritime ou aérienne, et par la fourniture d’armements et de munitions, notamment avec la complicité des Forces Armées Royales (FAR). 
Ajoutes-y l’aide financière et administrative se traduisant par les dons du Palais Royal, les contributions des partis et les dons privés. Cette aide multiforme et généreuse a été encouragée par le Roi Mohammed V dans un appel célèbre lancé sur les antennes de la Radio marocaine le 1er novembre 1960 dont nous citons quelques extraits :
« Peuple marocain, la guerre de libération de l’Algérie entre dans sa septième année, et à l’occasion de ce glorieux anniversaire, jour de solidarité avec le peuple algérien frère, nous lui adressons notre salut et nous lui exprimons notre admiration, et notre hommage aux combattants héroïques qui luttent dans les plaines et dans les montagnes pour la liberté et la dignité de l’Algérie ».
« Nous nous inclinons devant la mémoire des martyrs qui ont sacrifié leur vie pour donner à leur pays son indépendance. Ces martyrs ont écrit avec leur sang une page glorieuse de sa grande histoire ».
« Grâce à la guerre de libération algérienne, de nombreux pays ont, au cours de ces six dernières années, recouvré leur souveraineté. Pourquoi donc le peuple algérien serait-il le seul à être privé de sa liberté ? Cette liberté qui est un droit naturel pour tous les peuples sans distinction. Pourquoi le peuple algérien serait-il contraint de vivre sous le joug de l’esclavage au moment où tous les empires s’écroulent et où le régime colonial est en voie de liquidation ? ».
« Pourquoi le peuple algérien doit-il subir une guerre qui fait tant d’innocentes victimes et qui fait naître tant de sentiments de haine et de rancœur ? Cette guerre qui est la cause de tant de larmes et de tant de deuils ? »
« Peuple marocain, la Journée de l’Algérie est la nôtre. Sa cause est la vôtre. Il est de notre devoir de continuer à apporter notre aide et notre appui à l’Algérie dans sa lutte, et de redoubler d’efforts pour faire triompher son droit et hâter sa victoire ».

Sur le plan diplomatique, il est à noter que le Maroc a proclamé de manière solennelle son soutien au FLN dès son indépendance. Ce qui a amené le défunt Roi à recevoir régulièrement les délégations des nationalistes algériens en dépit du fait que cela offusquait les autorités françaises. C’est le cas en octobre 1956 avec la délégation composée d’Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Houcine Aït Ahmed, Mohammed Boudiaf et Mostafa Lacheraf.
En réaction, la France a formellement protesté contre toute réception à caractère officiel des membres du FLN, et a décidé de suspendre et l’aide financière au Maroc, et les négociations en cours. Ce qui a eu pour conséquence le rappel par le Maroc, le 26 octobre, de son Ambassadeur à Paris, M. Bouabid.

« Les griefs du gouvernement français à l’encontre du Maroc portent sur le caractère officiel et public donné aux contacts que le Maroc entretient avec le FLN, et surtout l’attribution de la qualité de plénipotentiaires pour la conférence de Tunis » souligne-t-on.
Il est à rappeler qu’à cette époque les nationalistes algériens préparaient une conférence à Tunis que le Roi Mohammed V soutenait de toutes ses forces. Cette conférence devait avoir pour objectif de trouver une issue au conflit franco-algérien. Et la présence des dirigeants extérieurs du FLN devait permettre de mettre en place une Fédération nord-africaine qui devait favoriser l’indépendance de l’Algérie.

« Le Maroc a proclamé de manière solennelle son soutien au FLN dès son indépendance »

De nombreux autres épisodes apportent témoignages de la détermination marocaine aux côtés de l’Algérie combattante, comme ce fut le cas lors de la condamnation du bombardement par la France du village de Sakiet Sidi Youssef (Tunisie) en 1958, lequel hébergeant un camp de combattants algériens. Ce qui a suscité une vive émotion au sein de la population et a favorisé la réunion de la conférence de Tanger du 27 au 30 avril 1958, ainsi que l’idée d’une unification du « Maghreb arabe », ou la reconnaissance du Gouvernement provisoire de la République algérienne, le jour même de sa création le 19 septembre 1958 reflétant ainsi la forte volonté du Royaume chérifien, fidèle à ses principes d’unification et développement de la région du Maghreb. Depuis, l’idée maghrébine a progressé. Si l’on considère que l’on est passé de l’énoncé d’un Maghreb à trois à celui d’un Maghreb à quatre, puis à cinq.

L’intérêt pour la question algérienne a été évoquée également lors de la création du Groupe de Casablanca, entre le 3 et le 7 janvier 1961, et qui plus est sous l’égide du Roi Mohammed V et depuis son admission à l’ONU, la délégation marocaine a systématiquement exprimé son franc soutien à l’Algérie.

Les historiens contemporains rapportent aussi qu’en 1960, l’Algérie étant encore française, le général de Gaulle proposa au Maroc une négociation directe afin de régler définitivement le contentieux frontalier maroco-algérien résultant des amputations territoriales subies par le Maroc au profit de l’Algérie et datant de la colonisation.
Homme Pieux et attaché à la fraternité maghrébine, le sultan Mohammed V refusa car il ne voulait pas torpiller les efforts de la révolution algérienne, et il répondit au général de Gaulle en ces termes : «toute négociation qui s’engagerait avec le gouvernement français en ce qui concerne les prétentions et les droits du Maroc sera considérée comme un coup de poignard dans le dos de nos amis algériens qui combattent, et je préfère attendre l’indépendance de l’Algérie pour poser à mes frères algériens le contentieux frontalier».

Dans le même esprit, le 6 juillet 1961, sous le règne de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, le Maroc signa avec le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) un accord stipulant que les problèmes frontaliers existant entre les deux pays seraient résolus par la négociation dès que l’Algérie aurait acquis son indépendance, sachant que le Maroc contestait le tracé des frontières fait par la France.

Malheureusement, le pire n’a pu être évité au lendemain de l’accession de l’Algérie à l’indépendance et la guerre des sables fut déclenchée. Ce conflit armé entre les deux pays frères sera stoppé grâce à la médiation de plusieurs pays arabes et africains. Ainsi, c’est l’intervention de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié à la conférence de Bamako (29-30 octobre 1963) qui va déboucher sur un accord de cessez-le-feu, le 2 novembre.

… Feu le Roi Hassan II est resté fidèle aux liens de fraternité et de destin commun avec l’Algérie voisine.

Commentant les avancées des forces armées royales marocaines et son refus d’aller plus loin dans ce conflit, fait historique malheureux, Feu le Roi Hassan II, dans ses mémoires, dira : « (…) ça ne servira à rien, moi je pars du principe, peut-être cynique, que lorsqu’on fait la guerre à quelqu’un c’est pour avoir la paix pendant au moins une génération. Si on n’est pas assuré de la tranquillité pendant trente ans après avoir mis au tapis son adversaire, il vaut mieux éviter de lancer une opération militaire, parce qu’on défigure le présent, on compromet l’avenir, on tue des hommes, on dépense de l’argent, pour recommencer quatre ou cinq années après ».

Même au pic du conflit artificiel autour de la marocanité du Sahara, Feu le Roi Hassan II est resté fidèle aux liens de fraternité et de destin commun avec l’Algérie voisine.
Animé par cette bonne volonté, Feu le Roi Hassan II s’est déplacé en Algérie le 10 juin 1988, à Zéralda, pour sceller la décision de former l’Union du Maghreb Arabe.

Le 17 février 1989, le Traité instituant l’UMA entre l’Algérie la Libye le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, a été signé à Marrakech. Ce traité prévoyait déjà « la marche progressive vers, la réalisation d’une intégration complète » donnant à l’UMA « un poids spécifique » sur la scène internationale, lui permettant de « participer activement à l’équilibre mondial, à la consolidation des relations pacifiques et au renforcement de la sécurité et de la stabilité dans le monde ».
Dans la même lignée de conduite que ses prédécesseurs, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, avec une approche moderniste mais qui garde en elle l’ossature de la vision Royaliste depuis Feu Sa Majesté Mohammed V, continue de défendre cette unité.


Le Royaume du Maroc, visionnaire dans tant de domaines, a inscrit en 2011 dans le Préambule de sa nouvelle Constitution l’engagement suivant : «Se fondant sur ces valeurs et ces principes immuables, et fort de sa ferme volonté de raffermir les liens de fraternité, de coopération, de solidarité et de partenariat constructif avec les autres États, et d’œuvrer pour le progrès commun, le Royaume du Maroc, État uni, totalement souverain, appartenant au Grand Maghreb, réaffirme ce qui suit et s’y engage : Œuvrer à la construction de l’Union du Maghreb, comme option stratégique».

Cette profession de foi a été illustrée de la manière la plus nette en 2011 lorsque le Maroc a refusé l’offre fraternelle et généreuse d’adhésion au CCG. Tout en se félicitant de la proposition des pays du Golf, il s’est montré plutôt pondéré, en soulignant que sa préoccupation va plus pour les pays de l’UMA avec lesquels, il partage bien des intérêts tant historiques, humains, économiques et politiques.


Cet engagement en faveur du Maghreb, s’étend au reste du Continent Africain.
En effet, le 4 janvier 1961, Feu S.M. le Roi Mohammed V réunissait à Casablanca une conférence internationale dans le but d’adopter la Charte de Casablanca et de favoriser l’unité continentale, l’ambition était en effet déjà de créer une Afrique intégrée sur tous les plans, y compris politique et économique.


Concrètement, l’appui du Maroc aux mouvements de libération africaine notamment au Front de Libération de Mozambique (FRELIMO), au Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), au Parti Africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et au Mouvement pour la libération de Sao Tome et Principe (MLSTP) a été organisé et structuré par le Ministère en charge des Affaires Africaines sous la direction du Dr. EL KHATIB sur instructions de Feu Hassan II. A titre d’illustration, des éléments de ces quatre Mouvements ont bénéficié d’entraînement et de formation militaire dans la région de Taza au début des années 60.

L’appartenance au continent africain et l’ancrage naturel du Maroc dans cet espace n’a jamais fait défaut…

S’ajoute à cela l’appui logistique et politique dont a bénéficié l’ANC de l’Afrique du Sud en 1962. À cet égard, Nelson Mandela, reçu au Maroc par Feu Hassan II en 1962, avait reconnu le rôle prépondérant du Maroc dans la lutte africaine pour l’indépendance. En 1994, en recevant le nationaliste marocain, Dr. EL KHATIB, le leader Sud-africain a tenu à louer publiquement les efforts de Feu Hassan II dans ce domaine.


L’appartenance au continent africain et l’ancrage naturel du Maroc dans cet espace n’a jamais fait défaut sous les règnes successifs de Leurs Majestés Mohammed V, Hassan II et de l’actuel Roi Mohammed VI. Le seul bémol fut le retrait de l’OUA en 1984, une organisation à laquelle le Royaume est bien un des premiers fondateurs. Le Maroc protestait alors contre l’admission illégale et illégitime au sein de l’OUA d’une entité chimérique.


Néanmoins, le Royaume n’a cessé de maintenir ainsi que de renforcer des relations de coopération bilatérale avec les pays africains basées sur le Co-développement et le partage de croissance sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Et après trois décennies, le Royaume a tourné la page en réintégrant sa famille institutionnelle Africaine, le 31 janvier 2017 à Addis-Abeba. À cette occasion, le Souverain a prononcé un discours historique et émouvant dans lequel il a mis l’accent sur la fidélité et l’engagement du Maroc sur la voie de l’Unité et de l’Intégration Africaine comme en témoigne des actes posés depuis sur tous les plans de la coopération inter et intra africaine.

SE Hassan NACIRI, Ambassadeur de Sa Majesté le Roi du Maroc au Mali

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