Pour clôturer sa visite au Mali, la semaine dernière, la Sous-Secrétaire générale aux droits de l’Homme et Directrice du Bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH), Mme Brands Kehris a rencontré le 5 novembre 2021, au siège de la Minusma à Bamako, les responsables d’associations de défense des droits de l’Homme. Elle était entourée du Directeur de la Division des Droits de l’Homme et de la Protection, Guillaume Ngefa et ses proches collaborateurs. Mme Brands Kehris s’est mise à l’écoute des responsables d’associations pour mieux appréhender les réponses adéquates.

Le tableau des droits de l’Homme parait très peu reluisant, car le droit à la vie est devenu le parent pauvre des priorités dans notre pays. Il a été question de sensibilisation des populations pour qu’elles soient parties prenantes de la promotion des droits de l’Homme.
Quant à l’Etat, son rôle est primordial dans la protection des personnes et de leurs biens, ainsi que la promotion des droits de l’homme. Et l’Etat le ferait mieux lorsqu’il est fort et son autorité bien établie dans un cadre de stabilité. Ainsi les apports des organisations de la société civile et autres partenaires doivent venir en appoint à l’action de l’Etat qui a la responsabilité première en la matière. Mais, selon certains, les interventions des différents partenaires ont tendance à « déresponsabiliser l’Etat » dans son rôle. Il y a donc une nécessité de renforcer l’Etat dans la compréhension de meilleure approche d’intervention au bénéfice des droits de l’homme.
La mission des défenseurs des droits de l’homme est d’autant plus compliquée dans un Etat qui peine à relever les défis de son autorité sur l’ensemble de son territoire, l’autorité de l’Etat étant concentrée à Bamako, la capitale. Comment parler de protection des droits de l’enfant et des femmes dans les zones de conflits, les localités où l’Etat n’existe plus ? La situation est un frein aux activités économiques et particulièrement celles des femmes dans les zones où elles tirent leurs revenus du petit commerce, l’élevage et la production maraichère. De façon générale, la priorité est au relèvement de l’Etat malien pour assurer son rôle régalien de protection des Maliennes et des Maliens ainsi que leurs biens, en assurant leurs droits d’aller et venir et la liberté d’entreprise.

Les responsables d’associations ont déploré la méfiance de certains agents de l’Etat qui perçoivent mal le rôle des défenseurs des droits de l’homme, avant de recommander un renforcement des capacités pour ces agents, afin que ceux-ci comprennent qu’il s’agit de les aider à mieux jouer le rôle qui est le leur en priori. Il faut réunir les conditions pour permettre aux agents de l’Etat et les organisations de défense des droits de l’homme de travailler en synergie pour l’atteinte des objectifs au bénéfice des populations.

Les droits de l’enfant et les droits des femmes ont été abordés par les participants. Outre les six violations graves des droits de l’enfant (comprenant le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats, le meurtre et la mutilation d’enfants, le viol et les violences sexuelles sur les enfants, les attaques contre les écoles et les hôpitaux, ou encore les enlèvements d’enfant), qui sont courant dans un contexte de conflits, des milliers d’écoles restent fermées et environ six millions d’enfants ne vont plus à l’école au Mali, selon les responsables d’associations des droits de l’Homme, qui s’inquiètent pour le devenir de ces enfants dans les années plus tard. Il est crucial de développer une alternative pour permettre d’éduquer ces enfants dont les écoles sont fermées. Pour prendre en compte l’ensemble des préoccupations de protection des droits de l’enfant, un projet de loi est en cours d’élaboration et qui requiert l’adhésion des leaders religieux pour être adopté par l’Etat.

L’esclavage par ascendance, les questions d’impunité et de violence basée sur le genre ont été évoqués. Sur la question des victimes de violences sur le genre la justice fait peu au niveau de la réparation. La loi d’entente nationale pour laquelle la société civile s’est battue, a été vidée de son contenu à l’assemblée nationale la rendant en contradiction totale avec l’esprit qui l’a soutenu. Il était devenu difficile de disséminer cette loi au niveau des populations. Les initiateurs ont été exposés à la stigmatisation jusqu’au niveau de la presse qui devrait être l’allié averti. Elle a mis l’accent sur le fait que « la loi est adoptée, la femme ne doit plus obéissance à son mari », ce qui est stigmatisant quand on connait les réalités de cette société. A en croire si les medias ne sont pas les premiers détracteurs des droits des femmes. Tout est en stand by au profit de la paix et la réconciliation et il est difficile de mobiliser la société civile au Mali, de l’amener à porter un projet et d’atteindre les objectifs.

Les personnes handicapées environ 15 % de la population et deux à trois millions de la population, selon les statistiques de l’OMS, dont la situation des droits n’est pas rose. Malgré des initiatives prises, les textes devant donner lieu à meilleures perspectives n’ont pu jusque là aboutir. Les associations de personnes handicapées expriment un besoin de renforcement de capacité pour l’identification des opportunités afin de mener à bien leur projet d’inclusion les concernant.

Dans leur travail de tous les jours les défenseurs des droits de l’homme ont besoin de communiquer et sensibiliser, d’où le besoin de l’accompagnement des media. Ces journalistes, qui œuvrent en faveur de la promotion et la défense des droits de l’homme doivent bénéficier de formation adéquate pour refléter cette sensibilité. En outre des articles d’investigation peuvent mettre des défenseurs des droits de l’homme sur des pistes d’enquêtes formelles, ou attirer l’attention sur des situations pouvant déboucher sur des atteintes graves, des violations des droits de l’homme. Des formations sur les droits de l’Homme en période électorale et dans un contexte d’insécurité peuvent amener les journalistes à être plus sensibles et attentives à ces questions. Ainsi a été évoquée la vigilance des organisations de défense des droits de l’homme sur les causes, l’origine de certaines violations des droits de l’homme comme les élections, la mal gouvernance, et la nécessité de reflexe prospectif. On note que malgré l’insécurité qui resserre l’étau autour de Bamako, la situation politique ne présage pas un consensus des acteurs politiques et des perspectives meilleures pour la paix, la sécurité et le rayonnement des droits de l’homme.

En intervenant, la Sous-Secrétaire générale aux droits de l’Homme et Directrice du Bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH), Mme Brands Kehris, est restée attentive aux initiatives à renforcer, ainsi que des relations entre les organisations de la société civile, les organisations internationales et l’Etat, notamment le gouvernement à travers le ministère de la justice. Elle a mis l’accent sur l’importance des renforcements de capacité en matière des droits de l’homme et le rapportage sur les manifestations des violations des droits de l’homme, ainsi que sur l’analyse des causes des violations.
B. Daou

Le Républicain

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