Home Bonne Gouvernance Chronique du Mali: Bah N’Daw cherche consensus/ Moctar Ouane, l’homme du juste milieu

Chronique du Mali: Bah N’Daw cherche consensus/ Moctar Ouane, l’homme du juste milieu

Le président Bah N’Daw à la recherche de consensus pour une transition réussie reconduit Moctar Ouane, l’homme du juste milieu

Le Premier ministre Moctar Ouane ne fait pas l’unanimité, mais il est sans doute, dans une situation comme celle au Mali, tendue entre les militaires au pouvoir, membres de l’ex Comité national pour le salut du peuple (Cnsp), qui a déposé le président IBK le 18 aout 2020, et le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5- RFP, formation politique hétéroclite dont les manifestations de rue ont contribué à la chute du président IBK), l’homme du juste milieu. La décision du président de la transition de le reconduire pour composer un nouveau gouvernement de large ouverture en dit long sur sa qualité d’homme de la situation. Cependant le M5 RFP ne semble pas se résoudre à adhérer à la solution de compromis proposé par le président de la transition Bah NDaw. En refusant cette évolution positive, qui est le gouvernement de large ouverture, le M5 RFP veut se maintenir dans sa posture d’opposant frondeur qui tient la corde raide, se réjouissant surtout de la bouée d’oxygène que peut lui constituer la grève de l’UNTM, et en ligne de mire le blocage de la transition qui ne peut profiter à notre pays, le Mali, un Etat chancelant face à une horde de groupes armés extrémistes à l’affut.

Jusque là, on ne lui reproche aucun autre agenda, à côté de celui du Mali, l’horizon qui lui a été fixé par le président Bah NDaw, qui vient de le reconduire à son poste de Premier ministre, après sa démission dans la matinée du 14 mai dernier. Le Premier ministre malien de la transition est certainement victime d’une guerre de tranchée entre les militaires au pouvoir et le Mouvement du 5 juin Rassemblement des forces patriotiques (RFP) ; alors que le gouvernement entrait dans un deuxième round de négociation avec la centrale syndicale UNTM ce 14 mai, pour éviter une grève dont le timing est assez contestable et contesté, car quelle légitimité et jusqu’où un pouvoir de transition peut engager ?

Depuis le coup d’Etat du 18 aout 2020, et l’instauration de la transition conduite par le colonel à la retraite, Bah NDaw, beaucoup d’eau a coulé sous le pont des martyrs. Alors que le M5 RFP s’est vu tanguer par le vent de la division, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP), même s’il a été dissout par un décret du 18 janvier 2021, lui s’est résolu à jeter ses tentacules dans un maillage institutionnel, comme pour élaborer une stratégie de guerre électorale. Assimi Goïta n’a pas confirmé, mais les milieux proches lui prêtent l’intention de vouloir candidater à la présidentielle de 2022 ou de lancer toute sa force pour faire élire un candidat comme l’a fait le Cnrdre en 2013 pour l’élection d’IBK.

Bien d’autres chantiers comme celui de la lutte contre l’enrichissement illicite étaient dans des cordes du président Bah N’Daw, qui n’a d’autre choix que de mettre les pédales douces, et éteindre le feu qui couve sous la cendre, de concilier les positions antipodiques entre un M5 RFP qui revendique la paternité de la chute d’IBK et les membres de l’ex Cnsp qui s’affichent en tombeurs du pouvoir, même s’ils reconnaissent dans un premier temps n’avoir fait que parachever une œuvre, tel on ramasse un fruit mûr. Comment refuser de voir la réalité que le président Bah N’Daw se pose aujourd’hui en vrai tisserand pour coudre cette déchirure entre les fils du pays, en conduisant le pays à une fin de transition apaisée dans huit mois ?
Mais de part et d’autre, le M5 RFP et les militaires au pouvoir sont ils prêts à accepter le compromis souhaité dans l’intérêt supérieur du Mali ? Et aussi est-il important de ne pas perdre de vue que la classe politique malienne ne se résume pas qu’au M5 RFP, qui a fait savoir sa décision de refuser l’offre de participer au prochain gouvernement. S’agit-il de base de négociation politique ou de position figée (irréaliste en politique) ? On le saura d’ici la composition du gouvernement Moctar Ouane2, car impossible n’est pas malien.

La démission le vendredi 14 mai du Premier ministre Moctar Ouane et de son gouvernement pour permettre de renouveler l’équipe gouvernementale est une réponse de la volonté du président Bah N’Daw d’emprunter la voie d’une gouvernance inclusive. Elle est consécutive à la visite au Mali de la médiation de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le dimanche 9 mai, et à la rencontre à Koulouba, le 6 mai, entre le M5 RFP et le président de la transition Bah N’Daw.

Le Médiateur de la Cedeao dans la crise malienne, l’ancien président de la République fédérale du Nigéria, Goodluck Jonathan, accompagné d’une importante délégation, était en visite de « routine » au Mali pour s’enquérir de l’évolution de la transition en cours au Mali. Cette mission de suivi découle des Résolutions de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao sur la situation au Mali. Goodluck Jonathan a rencontré les autorités maliennes (le vice président de la Transition Assimi Goïta, le président Bah N’Daw et le Premier ministre, Moctar Ouane), la classe politique et la société civile.

C’est le lieu de passer en revue les efforts déployés pour une transition réussie, des progrès accomplis depuis la dernière mission de la médiation, parmi lesquels, l’adoption du Programme d’Action du Gouvernement de la transition (PAG), la publication du chronogramme des élections, la mise en place du Comité d’Orientation Stratégique, un organe consultatif inclusif qui œuvre pour la réussite des réformes. En ce qui concerne la situation du centre du pays, marquée par des attaques des groupes armés extrémistes, avec comme conséquences, le ralentissement drastique des activités de production, la perte des bétails, le déplacement des milliers de personnes de leur lieu d’habitations et d’activités, la fermeture des écoles et l’insécurité alimentaire ; rencontrant la médiation de la Cedeao conduite par Goodluck Jonathan, le Premier ministre Moctar Ouane l’a informé sur sa mission à Mopti avec la réunion délocalisée du Cadre Politique pour la Gestion de la Crise au Centre.

Goodluck Jonathan a encouragé le Premier ministre à poursuivre cette dynamique en mettant l’accent sur une démarche inclusive, impliquant davantage toutes les parties aux discussions relatives à la réorganisation territoriale, à la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation ou encore à la création d’un organe unique de gestion des élections, entre autres grands chantiers de la transition. La médiation de la Cedeao reste ferme sur le respect du délai de 18 mois fixé pour l’organisation des présidentielles et des législatives. Elle a toutefois demandé davantage d’inclusion, tacitement, la mise en place d’un gouvernement de large l’ouverture.

De son côté, le M5 RFP qui a rencontré le chef de l’Etat trois jours avant cette visite du médiateur de la Cedeao, avait fait des propositions, parmi lesquelles figuraient également en bonne place la dissolution du gouvernement, mais aussi celle de l’organe délibérant, à savoir le Comité national de Transition (CNT).

La démission du Premier ministre et du gouvernement, dans la foulée de ces deux évènements, prouve à suffisance la disponibilité du président Bah N’Daw à trouver un terrain d’entente, consensuel. Mais au bon Dieu, faut-il demander sa barbe ?

Dans un communiqué du 15 mai, sous la plume de Choguel Kokalla Maïga, membre du Comité Stratégique du M5-RFP, celui-ci prend acte de la démission du Premier ministre Moctar Ouane, et souligne qu’il n’a été « ni consulté ni associé à ce changement, qui, de toute manière, ne répond ni à ses attentes ni à ses dix (10) mesures formulées le 6 mai 2021, lors de sa rencontre avec le Président de la Transition, Bah N’Daw ». Pour le M5-RFP, ces mesures énoncées resteront lettres mortes aussi longtemps que la réalité du pouvoir sera détenue par la Junte militaire. « Le M5-RFP estime également que la problématique du Conseil national de transition (CNT), illégitime et illégal, restera entière jusqu’à sa dissolution ».
Au-delà, le M5-RFP, qui, en l’état, reste en total désaccord avec la trajectoire de la Transition imprimée précisément par le Premier ministre reconduit, ne saurait s’associer à des combinaisons dont il ignore tout des tenants et aboutissants. Le M5-RFP, se dit mobilisé « jusqu’à l’atteinte des objectifs de Rectification de la Transition pour la Refondation du Mali », selon ce communiqué.

B. Daou
Le Républicain

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